100 : L'idée de communauté_The idea of community 01 - David Batchelor, Jordan Crandall, Liam Gillick, Grennan & Sperandio, Zuang Hui, Lao Yong Jin, Nina Levitt, Jean-Luc Nancy, Shirin Neshat, Guillaume Paris, Chantal Pontbriand, Steve Reinke… 101 : L'idée de communauté_The idea of community 02 - Mathieu Beauséjour, Hans Haacke, Jodi, Valérie Jouve, Peter Land, Aernout Mik, Devora Neumark, Florence Paradeis, Rirkrit Tiravanija, Rosemarie Trockel… 102 : L'idée de communauté_The idea of community 03 - Atelier Van Lieshout, Rineke Dijkstra, etoy, Lynda Gaudreau, Alain Platel, Philippe Parreno, Jocelyn Robert, Lars von Trier, Gillian Wearing… - ÉPUISÉ/OUT OF PRINT 103 : Mouvances de l'image_Image Shifts - Pierre Bismuth, Jonathan Crary, Stan Douglas, Atom Egoyan, Douglas Gordan, Hans Haake, Michael Hirsch, Pierre Huyghe, Jaki Irvine, Manon Labrecque, Sharon Lockhart, Michael Snow… - ÉPUISÉ/OUT OF PRINT 104 : Mexico - Francis Alÿs, Carlos Amorales, Bakteria, Miguel Calderón, Minerva Cuevas, Claudia Fernández, HCRH, Jonathan Hernández, Gabriel Kuri, Teresa Margolles, Carlos Monsiváis, MVC, Yoshua Okon, Rubén Ortiz-Torres, Phylum.TV, Daniela Rossell, SEMEFO, Santiago Sierra, Melanie Smith, Sofia Táboas… 105 : Autofictions - Pep Agut, Mark Durden, Tracey Emin, Vera Frenkel, Eduardo Kac & Sonya Rapoport, Regine Robin, Richard Shusterman, Erwin Wurm… 106 : Economies - Boris Achour, Neil Cummings & Marysia Lewandowska, Plamen Dejanov, Thomas Demand, Free Food, Anne Graham, Andreas Gursky, Henning Christiansen, Mathieu Laurette, Les Levine, Jean-Luc Moulène, N. E. Thing Co., Maria Anna Parolin, Repohistory, Philippe Thomas, Bernar Venet… 107 : Électrosons_Electrosounds - Critical Art Ensemble, Digital Music, Media Theory, Laptopia, Ryoji Ikeda, Mille Plateaux, Carsten Nicolai, Oval, Pan Sonic, Sensorband… 108 : Beyrouth_Beirut - Hoda Barakat, Gilbert Boyer, Jabbour Dowayhi, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Mona Hatoum, Mahmoud Hojeij, Elias Khoury, L.E.FT, Michel Lesserre, Walid Raad (Atlas Group), Walid Sadek, Jayce Salloum, Mohamad Soueid, Paola Yacoub, Akram Zaatari… 109 : anonymat_anonymity - Vanessa Beecroft, Maurizio Cattelan, General Idea, Kojo Griffin, Janice Gurney, Ellen Harvey, Thomas Hirschhorn, Pierre Huyghe, Germaine Koh, La Société Anonyme, Édouard Levé, Ernesto Neto, David Rokeby, Joachim Schmid, Ann-Sofi Sidén, Santiego Sierra, Space Invaders, Tatiana Trouvé… 110 : Économies bis_ Economies-biz - Maria Eichhorn, Andreas Gursky, Thomas Hirschhorn, Cildo Meireles, Andreas Seikmann, Murakami Takashi, Philippe Thomas, Toro Lab…
111 : Démocratie_Democracy - Archi Media, Francis Alys, Sylvie Blocher, Dias et Rietveg, Éric Dupont, Harun Farocki, Thomas Hirschorn, Craigie Horsfield, Nadia Lauro, Jean-Luc Moulène, Nadia Myre, Jana Sterbak… 112 : Corps automates_ Automata - Gilles Barbier, Venessa Becroft, Jake + Dinos Chapman, Max Dean, Olivier Dollinger, Thomas Grünfeld, Mark Hansen + Ben Rubin, Natalie Jeremijenko, Marie Legros, Édouard Levé… 113 : Écrans numériques_Digital screens - Vito Acconci, Janet cardiff, Rem Koolhaas, Mona Hatoum, Daniel Libeskind, Rafael Lozano-Hemmer, Net.Art, Chris Marker, Kas Oosterhuis, Stephen Perrella, QFRONT, Michal Rovner, Carolee Schneemann, Wolfgang Staehle, Amy Talkington, Gillian Wearing, Grahame Weinbren… 114 : Shanghai - Lu Chunsheng, Yang Fudong, Xiang Liqing, Ken Lum, Qingyun Ma, Wang Peijun, Zhang Peili, Zhou Tiehai, Wang Wei, Qian Weikang, Shi Yong, Chen Zhen, Xu Zhen, Yang Zhenzhong 115 : Résistance_Resistance. Chantal Pontbriand, Bernard Lamarche, Lori Waxman, Jean-Ernest Joos, Catherine Grout, Élisabeth Wetterwald, Mark Durden et_and David Campbell, André-Louis Paré. 116 : SÃO PAULO. Chantal Pontbriand, Suely Rolnik, Laymert Garcia dos Santos, Mário Ramiro, Lucio Agra et_and Otávio Donasci, Christine Mello, Ivo Mesquita, Nabil Bonduki, Lucas Bambozzi et_and Ricardo Rosas. 117 : <DESIGN>. Chantal Pontbriand, Alexandra Midal, Alex Coles, Évence Verdier, Christophe Domino, Martí Guixé, Alexandra Baudelot, Jean-Louis Violeau, Stephen Wright. 118 : <DESIGN>. Chantal Pontbriand, Lisette Lagnado, Stephen Wrigh, Magali Nachtergael , Alex Coles, Louis Jacob. 119 : X HUMAIN - IA - AI. Roberta Buiani, Jean-Pierre Cometti, Carol Gigliotti, Marie-Christiane Mathieu, John Menick, Philippe Pasquier, Martina Russo, David Tomas. 120 FRONTIÈRES_BORDERS. Chantal Akerman, Jean-Pierre Aubé, Ruth Beckermann, Gilbert Boyer, Miwon Kwon, Makrolab, Melik Ohanian, … 121 EXTRA HUMAIN - SC _ EXTRA-HUMAN - CS. Des textes sur_texts on: Berdaguer & Péjus, Peter Campus, Pascal Grandmaison, Carsten Höller, Mike Kelly… Par_by: Terence Dick, Stefan Jovanovic, Jacinto Lageira, Todd Meyers + Richard Baxstrom, Chantal Pontbriand, Eduardo Ralickas, Jean-Pierre Rehm, Stephen Wright…
122 TRAVAIL ** WORK  Des textes sur_texts on: BGL, Raphaëlle de Groot, Coco Fusco, Steve McQueen, Jean-Luc Moulène, Tatiana Trouvé… Par_by: Nathalie Delbard, Marie Fraser, Maurizio Lazzarato, Joseph Mouton, Derek Conrad Murray, Victor Tupitsyn, Jean-Philippe Uzel 123 VIOLENCE PSYCHO - Des textes sur_Texts on: Ron Athey, Franko B., David Cronenberg, Bruno Dumont, Philippe Grandrieux, Michael Haneke, Maria Marshall, Daniel Joseph Martinez, Shahryar Nashat, Catherine Opie, Gina Pane … Par_by: Tim Clark, Christa Blümlinger, Amelia Jones, Jean-Ernest Joos, Thérèse St-Gelais, Giovanna Zapperi 124 VIOLENCE UNLIMITED - Des textes sur_Texts on: Adel Abdessemed, Ali Assaf, Constanza Camelo, Kendell Geers, Rabih Mroué, Radek Community, Guia Rigvava, Artur Zmijewski... Par_by: Kinga Araya, Nicolas Exertier, Guitemie Maldonado, Frédéric Maufras, Derek Conrad Murray, Chantal Pontbriand, Slavoj Zizek... PARACHUTE 125 LA HABANA - Des textes sur_Texts on: Juan Carlos Alom, Tania Bruguera, Elvis Céllez, Felipe Dulzaides, Adonis Flores, René Francisco, Flavio Garciandia, Luis et Miguel, Grupo Arte Calle, José Hidalgo, Manuel Piña, Wilfredo Prieto, Eduardo Ponjuán, Lázaro Saavedra... Par_by: Héctor Antón Castillo, Elvia Rosa Castro Martin, Antonio Eligio Fernández(Tonel), Dalila López Arbolay, Magaly Espinosa, Magda González-Mora Alfonso, Orlando Hernández, Eugenio Valdès Figueroa... ESSAI VISUEL_VISUAL ESSAY: Carlos Garaicoa

PARACHUTE 104
MEXICO
10. 11. 12. 2001


Éditorial _ Editorial
MEXICO
par _ by Cuauhtémoc Medina

LUTTER CONTRE LE DÉTERMINISME. UN ENTRETIEN AVEC CARLOS MONSIVÁIS
THE STRUGGLE AGAINST DETERMINISM: A CONVERSATION WITH CARLOS MONSIVÁIS
By Cuauhtémoc Medina

ZONES DE TOLÉRANCE : TERESA MARGOLLES, SEMEFO ET (L')AU-DELÀ
ZONES OF TOLERANCE: TERESA MARGOLLES, SEMEFO AND BEYOND
Cuauhtémoc Medina

ACTIVE MARKET : FLUCTUATIONS IN THE COMPETITION FOR THE AESTHETIC USER
Mario Garcia

CIUDAD DE MÉXICO : ACTIVISME INCIDENTEL ET DÉTOURNEMENTS SPONTANÉS D'UN URBANISME MANQUÉ
Magali Arriola

HISTORIA VERDADERA DE LA CONQUISTA DE LA NUEVA AMÉRICA
L'HISTOIRE VÉRIDIQUE DE LA CONQUÊTE DE LA NOUVELLE AMÉRIQUE
Rubén Ortiz Torres

HORIZONTAL | VERTICAL : COMMENT PEUT-ON ÉVITER D'ABORDER LES QUESTIONS DE GENRE ?
HORIZONTAL | VERTICAL : AVOIDING GENDER
Patricia Martin

MIGUEL CALDERÓN. LES ENFANTS NE SONT PAS SI TERRIBLES QUE ÇA
Olivier Debroise

THE FEAR OF RETURNING AND BEING MISUNDERSTOOD : ON CARLOS MORALES
Michèle Faguet

Para-para

Couverture _ Cover : Jonathan Hernández, Postcard Conozca México 1996-2000, 2000; photo reproduite avec l'aimable permission de _ Courtesy Jonathan Hernández.

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MEXICO
Par Cuauthémoc Medina,
conseiller spécial


Cette livraison de Parachute ne prétend d'aucune manière offrir une perspective exhaustive des pratiques artistiques qui émergent présentement à Mexico. Au contraire, j'ai choisi de compiler des points de vue différents et parfois opposés sur les relations entre les pratiques contemporaines et les situations socio-politiques qui ont cours aujourd'hui. Alors que j'aidais Parachute à choisir les artistes et les auteurs qui figurent dans ce numéro, je savais que j'étais en train de réunir des gens dont les différences esthétiques et politiques étaient nettes et précises. Il s'agit d'un échantillonnage des questions et des positions qui font l'objet de débats parmi les participants du milieu de l'art mexicain en ce début de xxie siècle. Cependant, ce serait de l'hypocrisie de ma part que de nier que tous ces collaborateurs sont des participants plus ou moins actifs dans les réseaux mondiaux de la culture, aspect en passe de devenir la plus importante division culturelle et sociale dans nos régions spécifiques.

Il n'est pas étonnant que la plupart des contributions à ce numéro aient en commun un sentiment d'angoisse qui résulte du processus actuel de transition politique dans le pays. Même si l'on pouvait argumenter que l'intérêt actuel dans l'art mexicain découle en grande partie de la manière dont il est devenu, durant les années 1990, un des meilleurs points de vue à partir duquel observer les paradoxes de la mondialisation, ce numéro de Parachute a été produit à un moment particulier de l'histoire du pays. Suite aux élections présidentielles de 2000 qui mirent fin au régime de soixante-dix ans du P.R.I., le besoin de redéfinir la relation entre politique et culture s'est fait sentir au Mexique. En ce sens, je suis persuadé que l'entretien avec l'écrivain Carlos Monsiváis, de même que les contributions de tous les autres auteurs et artistes, permettront aux lecteurs d'obtenir un portrait plus général des dilemmes sociaux et culturels de l'époque.

J'aimerais remercier Chantal Pontbriand de m'avoir invité comme conseiller spécial, ainsi que l'équipe de Parachute dont les efforts ont permis la production de ce numéro, malgré la distance et les complexités du projet.

Traduit de l'anglais par Colette Tougas

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MEXICO
By Cuauhtémoc Medina,
Guest Editor

This issue of Parachute is by no means intended to be a comprehensive overview of current artistic practices emerging from Mexico City. On the contrary, I have chosen to compile diverse and even antagonistic perspectives on the relationship between contemporary practice and current social and political situations. When helping Parachute to choose the artists and writers featured in this issue I knew I was bringing together people who have clear and focused æsthetic and political differences. This is a sampling of the issues and positions that are debated between the participants of the early twenty-first century Mexican art world. However, it would be hypocritical to deny that all the contributors enjoy a more or less intense participation in the global circuits of culture, an aspect that is becoming the main cultural and social divide in our specific localities.

It is not surprising that most of the contributions to this issue share a sense of anxiety derived from the current process of political transition in the country. Even if one could argue that the current interest in art from Mexico derives in great part from the way it became during the 1990s one of the best viewpoints to witness the paradoxes of globalisation, this issue of Parachute was produced during a special moment in the history of the country. After the presidential elections of 2000 put to an end to the seven-decade-long rule of the PRI regime, there is a need to redefine the relationship between politics and culture in Mexico. In that sense, I am sure that the interview with writer Carlos Monsiváis, as well as the contributions of all of the other writers and artists, will help readers to grasp the broader picture of the cultural and social dilemmas of the era.

I would like to thank Chantal Pontbriand for inviting me to be guest editor, and the Parachute team for their efforts in realising this issue given the distance and complexities involved.

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LUTTER CONTRE LE DÉTERMINISME. UN ENTRETIEN AVEC CARLOS MONSIVÁIS
Par Cuauhtémoc Medina
[Extrait]

Le travail de Carlos Monsiváis (1938) est exemplaire de l'écriture postmoderne en Amérique latine. Des ouvrages comme Días de Guardar (1970), Amor perdido (1977), Los Rituales des caos (1995) et Aires de familia (2000) ont fait de lui le chroniqueur le plus important des bouleversements sociaux, des vagues sous-culturelles, des modes littéraires, des mythes télévisuels et cinématographiques, de même que des mœurs politiques au cours des quarante dernières années au Mexique. Dans les textes de Monsiváis, Roland Barthes et Bertolt Brecht rencontrent Cantinflas et les Beats, alors que Warhol et McLuhan informent sa lecture des chansons Boléro et du mouvement étudiant de 1968 au Mexique. On pourrait dire qu'il est le praticien en études culturelles le moins académique qui soit ou le critique de gauche le plus sophistiqué sur le plan intellectuel en Amérique latine - peut-être est-il les deux à la fois. Certains de ses essais, qu'on a longtemps jugés impossibles à traduire, ont récemment été publiés en anglais dans l'ouvrage Mexican Postcards (1997).
Par sa prose polyphonique, ironique, documentaire et faite de collages, Monsiváis a probablement contribué davantage à la formation des goûts culturels des lecteurs contemporains du Mexique que ne l'ont fait Octavio Paz et Carlos Fuentes. En effet, on peut certainement sentir son influence dans les discours et les lettres du sous-commandant Marcos. Reconnu pour sa finesse d'esprit, Monsiváis a récemment fourni une définition parfaite du Zeitgeist qui a cours en Amérique latine: "Je ne sais pas si je ne comprends pas ce qui se passe ou si tout ce que j'ai compris s'est déjà passé1."

Comment peut-on parler de la culture et de la politique dans la ville de Mexico, lieu d'une culture soi-disant radicale ou de gauche, ainsi que des tensions générées par le régime Fox dans ses interactions avec le mouvement zapatiste, de l'apparente crise du mouvement de démocratisation ou des progrès de la "société civile" au Mexique?
Pendant soixante-et-onze ans au Mexique, la permanence d'un seul parti au pouvoir - le Parti Révolutionnaire Institutionnel (P.R.I.), corrompu, répressif et pourtant capable de créer des espaces de liberté et de stimulation culturelle - a instauré une culture politique aux caractéristiques très négatives. Premièrement, par l'adoption du cynisme (ridiculiser ses propres paroles pour éviter d'être ridiculisé par elles) comme langage souterrain, différent de celui de la société. Deuxièmement, par le sentiment très répandu que les actes de l'opposition sont profondément illégitimes - non seulement risqués, mais aussi inconvenants. C'est un triomphe psychologique qui laisse présumer que la permanence frauduleuse d'un seul parti est "naturelle", qui esquive, jusqu'à tout récemment, une culture politique qui ne glorifie pas la résignation, le cynisme et l'abus sous diverses formes. La troisième caractéristique est celle de l'opportunisme, lequel est devenu l'idéologie du pays et la pratique la plus répandue. Seuls les opportunistes pouvaient circuler à travers les différents cercles nationaux. Autrement, on était voué… au ridicule.[…]

Cuauhtémoc Medina est critique d'art. Il a abondamment écrit sur l'art contemporain du Mexique et de l'Amérique Latine. Il a été conservateur en art contemporain du Carrillo Gil Museum, membre de l'équipe de Curare: Critical Space for the Arts et est présentement chercheur à l'Institut de Recherches Esthétiques à l'Université nationale de Mexico. Il a récemment publié "Recent Political Forms: Radical Pursuits in Mexico", TRANS>arts.cultures.media, n° 8, 2000 et Graciela Iturbide aux éditions Phaidon.

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THE STRUGGLE AGAINST DETERMINISM: A CONVERSATION WITH CARLOS MONSIVÁIS
By Cuauhtémoc Medina
[Excerpt]

The work of Carlos Monsiváis epitomizes postmodern writing in Latin America. Books like Días de Guardar (1970), Amor perdido (1977), Los Rituales del caos (1995) and Aires de familia (2000) marked him as the leading chronicler of Mexico's social upheavals, subcultural waves, literary fashions, tv and film myths and political mores over the last four decades. In Monsiváis's texts Roland Barthes and Bertolt Brecht meet Cantinflas, and the Beats, Warhol and McLuhan frame his readings of Bolero songs and the 1968 Mexican student movement. One could say he's either the least academic practitioner of cultural studies or the most intellectually sophisticated leftist critic in Latin America - or maybe both. Some of his essays, long thought to be untranslatable, were recently published in English as Mexican Postcards (1997).
Through his polyphonic, ironic, collaged, documentary prose, Monsiváis has probably been more instrumental than Octavio Paz and Carlos Fuentes in shaping the cultural tastes of contemporary readers in Mexico. Indeed, one can certainly trace his influence in the speeches and letters of Subcomandante Marcos. Famously witty, Monsiváis recently gave a perfect definition of the current Zeitgeist in Latin America: " I don't know if I don't understand what's happening or if all I understood has already happened."

How can one talk about culture and politics, in terms of Mexico City, site of supposedly radical or leftist culture, and the tensions generated by the Fox regime at the time of the Zapatista movement, as well as the apparent crisis of the democratization movement or the advance of "civil society" in Mexico?
Over the course of seventy-one years, the permanence of only one ruling party in Mexico, the Institutionalized Revolutionary Party (PRI) - corrupt, repressive and, yet, capable of spaces of freedom and of cultural stimulus - establishes a political culture of very negative characteristics. First: the adoption of cynicism (one makes fun of their words so that their words do not make fun of them) as a subterranean language rather than that used by society. The second: the widespread sense that the acts of the opposition are profoundly illegitimate - not simply risky, but, unseemly as well. It is the psychological triumph of that which would assume as "natural" the fraudulent permanence of one party, of that which shuns, until very recently, a political culture which does not glorify resignation, cynicism, abuse in distinct forms. The third characteristic: opportunism becomes the country's ideology and the most ubiquitous practice. Only an opportunist could navigate through the distinct national circles. If not, one was condemned… to ridicule. […]

Cuauhtémoc Medina is an art critic who has written widely on contemporary art in Mexico and Latin America both in catalogues and magazines. He was Contemporary Art Curator at the Carrillo Gil Museum, member of the staff of Curare: Critical Space for the Arts and is currently researcher at the Instituto de Investigaciones Estéticas at the National University of Mexico. Among his recent publications are "Recent Political Forms: Radical Pursuits in Mexico," TRANS>arts.cultures.media #8 and Graciela Iturbide (Phaidon Press).

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ZONES DE TOLÉRANCE : TERESA MARGOLLES, SEMEFO ET (L')AU-DELÀ
Cuauhtémoc Medina
[Extrait]

Un jour du printemps 2000, le cadavre d'un jeune punk est arrivé à la morgue de Mexico: une autre victime de la guerre sans fin du trafic de la drogue et du gangstérisme qui sévit dans les bidonvilles de la plus grande mégapole de l'hémisphère occidental. Reposant paisiblement sur la table d'examen en inox de la morgue, le corps svelte de l'homme témoignait d'une histoire de privations et de mépris. Cet héroïnomane (la drogue qui vient de supplanter les autres substances dans les goûts de la pègre mexicaine) avait le corps couvert de tatouages et de piercings de toutes sortes. Malgré la mode de leur dissémination dans la société courante, ces deux formes de "défigurement ornemental" peuvent être perçues comme une "humiliation honorable" qui exprime le ressentiment d'une personne face à l'ordre social ou métaphysique.

Nous savons tous que, quoiqu'en dise l'adage, la mort n'est pas égalitaire. Les taxonomies sociales sont réinscrites non seulement dans les causes de la mort, mais aussi dans le destin de nos restes, la qualité de nos rites et monuments funéraires, et la part d'attention publique consacrée à notre disparition. Ainsi, malgré le fait que le corps du punk ait été officiellement identifié et réclamé par sa famille, il risquait de subir l'ultime exclusion: être envoyé à la fosse commune, ou pire encore, finir comme spécimen dans l'amphithéâtre d'une faculté de médecine, pour être dépouillé (même) de ses propriétés charnelles. Non seulement le défunt n'avait pas eu droit à l'éducation, à l'aide sociale, à un emploi satisfaisant, ou à quelque forme d'avenir, mais encore ses restes étaient-ils condamnés à l'oubli bureaucratique parce que sa mère n'avait pas les moyens d'acheter même un modeste cercueil pour l'enterrement ou la crémation. Évidemment, ceci rendait encore plus absurde l'examen post-mortem de cet homme. Dans un pays où plus de quatre-vingt-dix pour cent des crimes ne sont jamais résolus à cause de l'inefficacité et de la corruption du système judiciaire, la plupart - et certainement cette mort-ci - restent impunis. Par conséquent, pourquoi faire l'autopsie d'un cadavre si une telle enquête ne conduit pas à la poursuite des meurtriers, ou si elle n'est pas requise pour l'identification légale?

La beauté inerte de cet homme et son cas désastreux ont attiré l'attention de Teresa Margolles, à la tête du groupe semefo (acronyme de Servicio Médico Forense, le "Service de médecine légale") qui a consacré son art, depuis plus d'une décennie, à explorer l'esthétique de la mort ou, plus précisément, ce que ses membres nomment "la "vie" du cadavre": les transformations subies par le corps après la mort. Sans hésiter, Margolles a fait une troublante proposition. Elle était prête à offrir un cercueil à la mère pour lui permettre de rendre hommage à son fils, en échange d'une partie de son cadavre qu'elle exposerait comme readymade. Margolles a même laissé entendre qu'elle aimerait acquérir la langue ou le pénis de l'homme, parce qu'ils avaient tous deux des piercings, et "parlaient" donc métaphoriquement de son mépris des normes sociales. Ces parties du corps allaient exprimer ses revendications de contemporanéité marginale et mondiale, en un mot, son identité sub-culturelle.

Il serait certainement facile de suggérer que la langue et le pénis sont des organes sexuels échangeables et que, en les marchandant, Margolles attirait implicitement l'attention sur la castration symbolique que représentent le meurtre du jeune homme et le fait de le réduire au silence. Mais son offre n'a pas semblé offenser les parents et amis de l'homme qui acceptèrent d'échanger sa langue contre un cercueil en métal, poussés par les circonstances et leur conviction de commémorer le défunt, en quelque sorte. À vrai dire, il s'agissait d'une très bonne affaire pour Margolles: elle possédait déjà non pas un, mais deux cercueils, qu'elle avait achetés auparavant afin de récupérer discrètement de la morgue une série de moulages de corps pour une sculpture précédente (Catafalco, 1997). Ainsi, ironiquement, le cercueil qu'elle a échangé a fait deux voyages aller-retour au service médico-légal: d'abord, pour faire sortir clandestinement des "œuvres d'art" impliquant la violation des règles de l'institution, et plus tard, dans le contexte d'un troc gênant sur le plan éthique, qui fournissait un organe humain destiné à être exposé comme de l'art contemporain. La langue (après avoir été conservée selon les normes médico-légales) fut présentée dans trois lieux d'exposition différents durant la première moitié de 2001. Elle a d'abord été exposée au centre d'art contemporain X-Teresa, avant de circuler à la ace Gallery de Los Angeles, traversant la frontière par l'intermédiaire d'un service régulier de messagerie. Elle fut finalement incluse parmi les pièces majeures de la rétrospective historique "officielle", et mal organisée, sur la sculpture mexicaine contemporaine au Palais des beaux-arts, situé dans le centre de Mexico. […]

Cuauhtémoc Medina est critique d'art. Il a abondamment écrit sur l'art contemporain du Mexique et de l'Amérique Latine. Il a été conservateur en art contemporain du Carrillo Gil Museum, membre de l'équipe de Curare: Critical Space for the Arts et est présentement chercheur à l'Institut de Recherches Esthétiques à l'Université nationale de Mexico. Il a récemment publié "Recent Political Forms: Radical Pursuits in Mexico", TRANS>arts.cultures.media, n° 8, 2000 et Graciela Iturbide aux éditions Phaidon.

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ZONES OF TOLERANCE: TERESA MARGOLLES, SEMEFO AND BEYOND
Cuauhtémoc Medina
[Excerpt]

One day in the spring of 2000 the corpse of a young punk arrived at the morgue in Mexico City: another casualty in the endless war of drug trafficking and gangsterism that pervades the slums of the biggest megalopolis in the Western hemisphere. Peacefully resting on the stainless steel examination table of the mortuary, the slender body of the man told a story of deprivation and defiance. This heroin addict (the drug that quite recently has displaced other substances from the tastes of the Mexican underworld) had tattoos covering most of his body and carried a wide array of piercings. Both forms of "ornamental disfigurement," despite their fashionable dissemination in the mainstream society, can be seen as an "honourable degradation" that conveys the person's resentment with the social or metaphysical order.

We all know that, despite popular wisdom, death is not egalitarian. Social taxonomies are re-inscribed not only in the causes of death but also in the fate of our remains, the quality of our funerary rites and monuments, and the amount of public attention devoted to our disappearance. Despite the fact that the punk's body had been officially identified and claimed by his family, it was in risk of suffering the ultimate exclusion: being disposed of in a common grave or, worse, ending up as a specimen in a medical faculty amphitheatre to be stripped (even) of its carnal properties. The dead man had not only been denied education, social security, a satisfactory job, or any semblance of a future, but his remains were condemned to bureaucratic oblivion because his mother could not afford to buy him even a modest coffin for burial or cremation. This, of course, made the man's passage through a post-mortem examination even more absurd. In a country where over ninety percent of crimes are never solved due to the inefficiency and corruption of the judiciary system, most (surely his death) go unpunished. Therefore, what was the purpose of subjecting a corpse to an autopsy if such a survey would not lead to prosecuting the killers or was not needed for legal identification?
The man's inert beauty and his terrible case caught the attention of Teresa Margolles, leader of the semefo group (the acronym for Servicio Médico Forense, the "Forensic Medical Service") that for more than a decade has devoted its art to explore the æsthetics of death or, more precisely, what its members called "the 'life' of the corpse": the transformations the body undergoes after death. With no hesitation, Margolles came up with a daunting proposal. She offered the mother a casket to pay homage to her son in exchange for a section of his corpse to show as a readymade. Margolles even suggested that she would like to acquire the man's tongue or penis, because both had piercings and therefore, metaphorically, "spoke" about his defiance of the social norms. These body parts would convey his claims of marginal and global contemporaneity - in short, his subcultural identity.

Certainly, it would be easy to suggest that both tongue and penis are exchangeable sexual organs, and that in bargaining for them Margolles implicitly pointed to the symbolic castration implied in the killing and silencing of the young man. But her offer did not seem to offend the man's relatives and friends who, forced by circumstance and their belief that they were in some way commemorating the deceased, agreed to exchange his tongue for a metal coffin. This, to be honest, was a rather good deal for Margolles: she already owned not one but two caskets, which she had previously purchased in order to discreetly retrieve a series of body casts for a previous sculpture (Catafalco, 1997) from the mortuary. So, ironically, the casket she exchanged made two trips in and out of the forensic service: first, to smuggle "works of art" that involved an infringement of the rules of the institution, and later as part of an ethically uncomfortable bartering that provided a human organ to be shown as contemporary art. The tongue (after being forensically preserved) was displayed in three different exhibition sites in the first half of 2001. It was first exhibited at the X-Teresa contemporary arts centre before travelling to ace Gallery in Los Angeles, crossing the border in a standard courier service. Finally, it was included, as one of the main pieces, in the poorly curated and "official" historical overview of contemporary Mexican sculpture at the Fine Arts Palace in downtown Mexico City. […}

Cuauhtémoc Medina is an art critic who has written widely on contemporary art in Mexico and Latin America both in catalogues and magazines. He was Contemporary Art Curator at the Carrillo Gil Museum, member of the staff of Curare: Critical Space for the Arts and is currently researcher at the Instituto de Investigaciones Estéticas at the National University of Mexico. Among his recent publications are "Recent Political Forms: Radical Pursuits in Mexico," TRANS>arts.cultures.media #8 and Graciela Iturbide (Phaidon Press).

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ACTIVE MARKET : FLUCTUATIONS IN THE COMPETITION FOR THE AESTHETIC USER
Mario Garcia
[Excerpt]

In one of the globe's most visually polluted cities, the competition to put forth the most attractive æsthetic offer increases every day. Art must contend with other events related to daily life to reach its target audience. The alarming flow of information generated by a population of nearly twenty million and the countless billboards that clutter the urban landscape and individual neighbourhoods' social phenomena form part of an æsthetic market and make cultural ventures a true public challenge. However, producers involved in the business of art have managed to focus their critical efforts on specific points which the mercantile opposition has not yet tackled. In fact, methodologies or strategies which aim to create a market niche have not been the only response to demographic and statistical competition: one must also mention the ways in which alterations in the social field have been turned into artistic manifestations. Thus, producers not only question the way their ideas should manifest themselves: they furthermore try to identify which are the best tactics to insert themselves as sales agents of actions whose goal it is to see a positive return to their enterprise.

When the merger between AOL and Time Warner was consolidated and signed, a press release explained that "the new infrastructure of the image consists of a system of agreements, alliances and standards." In effect, the creation of what is called the image has come to draw upon a much more complex methodology than that of the production of the simulacrum, in the sense that to reproduce an image in a tautological manner no longer fulfils the expectations of a context which needs to diversify the image's meanings, resorting to initiatives which measure their effectiveness according to their repercussions in the social environment.

One of the biggest competitors in Mexico City's æsthetic market is the Cinemex company: it currently owns twenty-four movie-theatre complexes, each of them housing approximately ten theatres. The company's repercussion on cultural life by means of the projection of films is compounded by its use of other media such as newspapers, the telephone and the Internet to advertise its shows and sell tickets. This machinery results in the programming of over 1,440 shows per day. And though this only represents a very small part of the city's æsthetic offerings, Cinemex's practical monopoly within its field has a great impact on the population. This monopoly also acts as a catalyst, generating responses such as those of the hcrh, mvc, Phylum.tv and Bakteria, which meet other daily needs of the population - needs that are located in those spaces of æsthetic consumption where the great producers and suppliers of simulacra do not intervene.

With this goal in mind, and adopting a slightly utopian ideology in the way they face the challenge which the context implies, some of Mexico City's cultural producers have been influenced by and try to imitate the marketing strategies of the community's prevailing mega-corporations. The use of slogans, company logos on letters and cards, ad campaigns on billboards and in public spaces, as well as the use of the Internet as a promotional tool, have become extensions of contemporary art practice, permitting it to participate in this perceptible æsthetic war. One of the most clearly visible formulas employed is the construction of parallel entertainment spaces - difficult to define due to fluctuating borders - which counteract the competition's daily offer and sensitise participants, inducing them to react to concise stimuli. […]

Mexico, un des environnements les plus "visuellement pollués" selon l'auteur, est un endroit où les artistes font face à une compétition féroce venant des stratégies et des monopoles du spectacle et du divertissement. Plutôt que d'ignorer ces développements, certains producteurs culturels de la ville se sont laissés influencer par les méthodologies de la publicité corporatiste et les ont adoptées. Usant de campagnes publicitaires à base de slogans, de logos, de panneaux publicitaires et sur Internet, cette pratique en art contemporain participe à une guerre esthétique qui se joue sur le terrain du quotidien. Infusant d'idéaux utopiques, altruistes et militants les techniques de marketing qu'ils se sont appropriées, ces artistes visent à fournir des expériences atypiques, à provoquer le changement et à intervenir directement dans le tissu social.

Mario García Torres is an artist and curator, and is a founding member of the curatorial group LaMesa and the design group Zaino Street Couture. He has worked as an assistant librarian in the Mediateca of the Museo de Monterrey and as electronic media curator at the Museo de Arte Carrillo Gil in Mexico City. He is currently contributing editor of the new Celeste magazine in Monterrey, and has contributed to Curare, Sputnik, Redplastica.com, Movimiento Actual and El Norte.

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CIUDAD DE MÉXICO : ACTIVISME INCIDENTEL ET DÉTOURNEMENTS SPONTANÉS D'UN URBANISME MANQUÉ
Magali Arriola
[Extrait]

Le triomphe apparent de la condition urbaine [...] s'est doublé de l'affaiblissement historique de l'action publique sur la ville, au point que tout contrôle direct sur sa production paraît aujourd'hui voué à l'échec. La ville a cessé définitivement d'être l'objet et le but: elle est devenue plutôt la condition, la donnée initiale et indépassable, c'est-à-dire le milieu à partir duquel se forme l'action urbaine et qui la tient sous son contrôle bien plus qu'il n'est dirigé par elle1.

Comment réagir face à la spécificité d'un lieu à l'heure où toute notion d'identité se construit moins par rapport aux données d'un historique collectif, que par rapport à l'interaction spontanée de subjectivités qui tentent de poser un regard objectif sur leur entourage?

Comment réagir face à une structure urbaine qui n'obéit plus à une organisation spécifique de ses lieux, mais à l'agencement plus ou moins arbitraire de ses espaces politiques, économiques, culturels et sociaux?

Le modèle de la ville construite à partir d'un urbanisme planifié hérité de la modernité a subi, depuis quelques années, une remise en question de ses structures et plus particulièrement, de son statut de contenant aux frontières territoriales stables. Du fait de migrations diverses et des établissements irréguliers de la population, l'échec d'un organisme régulateur de la vie publique et de ses formes de convivialité a généré une élasticité inattendue du tissu urbain. Le développement spontané des systèmes d'organisation et leur diversification se traduisent par l'instauration, de la part des habitants, d'autant de stratégies alternatives qui puissent répondre à l'accroissement et à la disparité de leurs besoins. Ces nouveaux usagers déclenchent les engrenages d'une infrastructure urbaine parallèle, qui répandent l'énergie nécessaire pour (ré)activer tour à tour les différents secteurs économiques, politiques et sociaux.
Cet éclatement de l'espace public et la désarticulation des systèmes démocratiques de cohabitation qui devaient suivre les intérêts majoritaires de la population ont provoqué une sorte de décentralisation, ou encore une multiplication et dispersion des différents centres que, dès lors, s'avère avoir une ville. Il semble alors pertinent de se demander en fonction de quelle(s) majorité(s), en fonction de quels intérêts englobant quelles identités, serait-il possible de viser à une restructuration de son fonctionnement. Dans ce sens-là, dans une ville surpeuplée comme Mexico, tous et chacun se trouvent dans le besoin de détecter les points de convergence où puissent se développer de nouvelles formes communautaires d'interaction et de partage d'une pensée collective.
La condition urbaine de la capitale semble difficilement cernable par l'œuvre d'une poignée d'artistes qui, de toute évidence, travaillent dans un milieu spécifique et ne peuvent présenter qu'un ensemble restreint d'intérêts communs avec les autres secteurs de la population. Cependant, étant donné qu'une ville de cette dimension se caractérise justement par un certain manque de cohésion, de nombreux artistes se sont penchés sur cette sorte de "dysfonctionnalité" ou de fonctionnalité improvisée par les acteurs qui interviennent dans les diverses dynamiques qui l'animent. Certains se sont arrêtés à analyser les différentes formes d'interaction qui organisent leur entourage, suivant ses rythmes, pauses et fluctuations, puisque celui-ci ne se construit plus par rapport à des axes spatiaux et temporaires fixes, mais s'articule par rapport à des coordonnées instables. D'autres ont voulu participer à la redistribution constante de ses espaces. Il s'agit dans la plupart des cas d'interventions ponctuelles et souvent d'ordre performatifs qui présentent parfois une valeur d'usage réelle ou symbolique. Elles s'évertuent à faire une (ré)évaluation du contexte qui les a générées et cherchent à effectuer une reconfiguration constante des différentes façons d'aborder la quotidienneté. […]

The writer focuses on the work of several artists who interrogate the infrastructure of Mexico City. Characterised by dysfunctionality, the city provokes manifestations and interventions by artists which both reveal and ridicule the consequences of urban (dis)organisation. By addressing everyday life and exploring intersubjectivity, these artistic practices translate new ways of conceptualising the city and its relationship to time, space and difference.

Magali Arriola est commissaire indépendante et critique d'art. Elle a été conservatrice en art contemporain au Museo de Arte Carrillo Gil, Mexico (1998-2001), où elle a organisé, entre autres, "Congo-Bravo: Pablo Vargas Lugo", "Inapropriatedly Drawing", "Art Club" et "Erógena". Elle a contribué à diverses publications dont Curare, Poliester, Art Nexus et Reforma. Elle écrit régulièrement pour le journal Milenio et organise présentement une exposition sur l'art nordique.

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HISTORIA VERDADERA DE LA CONQUISTA DE LA NUEVA AMÉRICA
Rubén Ortiz Torres
[Extrait]

Prólogo

Yo, Rubén Ortiz Torres, profesor de la Universidad de las Californias, autor de esta muy verdadera y clara historia, la acabé de sacar a la luz, que es desde el descubrimiento, y todas las conquistas de la Nueva América, y como se fotografió la gran ciudad de México, y otras muchas ciudades, hasta las haber traído de paz y pobladas de mexicanos muchas villas, las enviamos a dar y entregar, como estamos obligados a nuestros reyes y señores; en la cuál historia hallarán cosas muy notables y dignas de saber; y a esta causa, digo y afirmo que lo que en este libro se contiene es muy verdadero, que como testigo de vista me hallé en todas las fotografías y no son cuentos viejos, ni Historias de Romanos de mas de mil doscientos años, porque a manera de decir, ayer pasó lo que verán en mi historia, y cómo y cuándo, y de qué manera. Y además de esto cuando mi historia se vea, dará fe y claridad de ello; la cual se acabó de sacar en limpio de mis memorias y borradores en este muy leal pueblo de la reina de los Ángeles del rio de la Porciúncula, donde reside la real audiencia, en diez días del mes de mayo de dos mil y un años. Tengo que acabar de escribir ciertas cosas que faltan, que aún no se han acabado: va en muchas partes testado, lo cual no se ha de leer. Pido por merced a los señores impresores, que no quiten, ni añadan mas letras de las que aquí van y suplan, etc…

Capítulo Primero
En qué tiempo salí de Califastlán, y lo que me acaeció y del descubrimiento de México.

En el año de 2000 salí de Califastlán en compañía de un hidalgo bien ponderado y experto en flashes y cámaras de formato medio que en aquella sazón estaba por capitán llamado P@ Miller. Acordamos de demandarle licencia a los guardias del servicio de inmigración para pedirles salida de territorios perdidos en 1847. Esta nos fue dada con falta de diligencia y voluntad después de largas colas y penurias nunca vistas que incluyeron pagos de oro en especie. Desque tuvimos la licencia nos embarcamos en buen navío; y llegamos al valle del Anahuac. Viniendo por el aire con buen tiempo, y otras veces con contrario, no vimos ningún aguila sobre un nopal, ni una laguna pero vimos tierra, de que nos alegramos mucho, y dimos muchas gracias por ello; la cuál tierra jamás se había descubierto, ni había noticia della hasta entonces; y desde el navío vimos un grandísimo pueblo donde aterrizamos. Estábamos muy contento porque habíamos descubierto tal tierra, porque en aquel tiempo no era descubierto el Perú.

Capítulo lxxxviii
De nuestra gran entrada a la gran ciudad de México.

Y otro día por la mañana llegamos a la calzada ancha con tanto tráfico, ibamos camino de la Alameda; y desde que vimos tantas ciudades y villas pobladas sobre donde hubo agua alguna vez y ahora asfalto, y en tierra firme otras grandes poblaciones, y aquél metro tan derecho por nivel como iba al centro de México, nos quedamos admirados, y decíamos que parecía a las cosas y encantamiento que cuentan en el libro de Amadís, por las grandes torres y cues y edificios, y todos de cemento, acero y vidrio; y aun algunos de nosotros decían que si aquello que aquí si era entre sueños. Y no es de maravillar que yo aquí lo escriba de esta manera, porque hay que ponderar mucho en ello, que no sé cómo lo cuente, ver cosas nunca oídas ni vistas y aun soñadas, como vimos. Pues desque llegamos a Cuyoacan, ver la grandeza de otros caciques y princesas que nos salieron a recibir que eran deudos muy cercanos de Montezuma; y de cuando entramos a aquella plaza de la Alameda de la manera de los palacios en que nos aposentaron, de cuán grandes y coloridos eran, con magníficas luces de neones y de colores, cosas muy de ver y entoldados de con paramentos de algodón y de plásticos de colores. ¿Quién podrá decir la multitud de hombres y mujeres y muchachos que estaban en las calles e azoteas y en automóviles en aquellas acequias convertidas en calles, que nos salían a mirar? Era cosa de notar, que ahora, que lo estoy escribiendo, se me representa todo delante de mis ojos como si ayer fuera cuando esto paso; y considerada la cosa y gran merced que nuestro señor nos hizo y fue servido de darnos gracias y esfuerzo para osar entrar en tal ciudad, e me haber guardado de muchos peligros de muerte, como adelante verán. Doyle muchas gracias por ello, que a tal tiempo me ha traído para poderlo escribir, e aunque no tan cumplidamente como convenía y se requiere; y dejemos palabras, pues las obras son buen testigo de lo que digo. Luego otro día de mañana partimos de Cuyoacán muy acompañados de aquellos grandes caciques y princesas que atrás he dicho. Íbamos por nuestra calzada delante, la cuál es ancha de veinte pasos, y va tan derecha al centro de la ciudad de México, que me parece que no se tuerce poco ni mucho; he puesto que es bien ancha, toda iba llena de aquella gentes y de coches, que no cabían, unos que entraban en México y otros que salían, que nos venían a ver, que no nos podíamos rodear de tantos como vinieron, porque estaban llenas, las torres y cues y automóviles y de todas partes de la ciudad; y no era cosa de maravillar, porque jamás habían visto equipo ni hombres como nosotros. Y de que vimos cosas tan admirables, no sabíamos que nos decir, o si era verdad lo que por delante parecía, que por una parte en el parque habían grandes palacios y adoratorios, e veíamoslo todo lleno de algodón rosado de azúcar y gentes pintadas como nunca habiamos visto, y teníamos muy bien en la memoria las pláticas e avisos que nos dieron los de Guacoxingo e Tlascala y East L.A., y con otros muchos consejos que nos habían dado para que nos guardásemos de entrar en México, que nos habían de matar y de robar las cámaras cuando dentro nos tuviesen. Miren los curiosos lectores esto que escribo, si había bien que ponderar en ello; ¿qué hombres ha habido en el universo que tal atrevimiento tuviesen? Y fue esta nuestra venturosa e atrevida entrada en la gran ciudad de Tenustitlan, México a 30 días del mes de diciembre, año del salvador Jesucristo 2001 años. E puesto que no vaya expresado otras cosas que había que decir, perdónenme, que no lo sé decir mejor por ahora hasta su tiempo. E dejemos de más pláticas, e volvamos a nuestra relación de lo que más nos avino; lo cual diré adelante. […]

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L'HISTOIRE VÉRIDIQUE DE LA CONQUÊTE DE LA NOUVELLE AMÉRIQUE
Rubén Ortiz Torres
[Extrait]

Prologue

Nous, Rubén Ortiz Torres, professeur de l'Université de Las Californias, auteur de cette très véridique histoire, la terminons de mettre en lumière; c'est le récit de la découverte et de toutes les conquêtes de la Nouvelle Amérique, de comment nous avons photographié la grande Ville de Mexico et bien d'autres villes, jusqu'à ce que nous les ayons pacifiées et que nous ayons peuplé maintes bourgades de Mexicains, pour les remettre, puisque telle est notre obligation, à nos seigneurs et rois; dans ce récit, le lecteur découvrira des choses remarquables et certes dignes d'être connues; et j'affirme que tout ce que contient ce livre est vrai et qu'en tant que témoin je me retrouve sur toutes les photographies et que ce ne sont pas là d'anciens contes ni des Histoires de Romains de plus de mille deux cents ans, puisqu'on pourrait dire que les faits que je rapporte ici sont arrivés hier, et que je décris comment, quand et de quelle manière les événements auxquels nous avons assisté se produisirent. De plus, quand il sera connu, mon récit confirmera et éclaircira ce que j'affirme. Nous avons fini de retranscrire cette histoire à partir de nos souvenirs et de nos brouillons, dans le village loyal de la reine des Anges de la rivière de la Porciúncula, où siège l'audience royale, en ce jour du dix mai de l'an de grâce deux mille un. Il nous faut écrire encore certaines choses qui ne sont pas encore terminées: plusieurs parties sont attestées mais ne doivent pas être lues. Nous demandons humblement à Messieurs les imprimeurs de s'abstenir de retrancher ou d'ajouter quelque mot que ce soit au présent récit et de bien vouloir, etc.

Chapitre premier
Du moment auquel je quittai Califastlán, des événements auxquels j'ai assisté et de la découverte du Mexique.

En l'an 2000, je quittai Califastlán en compagnie d'un honnête gentilhomme féru dans l'art des flashs et des appareils photos de format moyen, agissant alors en qualité de capitaine de notre expédition et portant le nom de P@ Miller. Nous décidâmes de solliciter, auprès des gardes du service d'immigration, un permis nous autorisant à abandonner les territoires perdus en 1847. Le permis nous fut concédé sans diligence ni bonne volonté aucune, après de longues files d'attente et nombre de démarches au cours desquelles nous fûmes délestés de plusieurs sommes acquittées en espèces sonnantes et trébuchantes. Dès que nous fûmes munis de notre permis de sortie, nous nous embarquâmes en direction de la vallée de l'Anahuac. Depuis les airs, avec temps clément ou parfois par vent contraire, nous ne vîmes point d'aigle perché sur un nopal, ni de lagune; mais nous vîmes la terre, ce qui réjouit nos cœurs; nous rendîmes grâce au ciel de sa bienveillance. Cette terre n'avait jamais été découverte et était inconnue jusque-là; depuis notre navire, nous pûmes voir la ville immense où nous atterrîmes enfin.

Nous nous réjouîmes d'avoir découvert ces terres puisqu'à cette époque, le Pérou n'avait pas encore été découvert.

Chapitre lxxxviii
De notre entrée triomphale dans la grande Ville de Mexico.

Un matin, nous arrivâmes sur une grande avenue sur laquelle régnaient une agitation et une circulation intenses. Nous nous dirigeâmes vers l'Alameda; à la vue de tant de villes et de villages établis sur ce qui un jour avait été de l'eau et qui était à présent de l'asphalte, et d'autres grandes bourgades installées sur la terre ferme, et de ce métro qui reliait telle une ligne droite le reste de la Ville de Mexico au centre-ville, nous fûmes frappés d'admiration et nous disions que c'étaient là des enchantements comme ceux dont on parle dans le livre d'Amadis, à cause des grandes tours, des temples et des immeubles tous construits en ciment, en acier et en verre et parmi nous certains se demandaient si ce n'était pas un rêve. Il n'est point surprenant que je ne puisse point décrire avec plus de verve ce que nous avons vu, parce qu'il n'est guère aisé de décrire des choses jamais vues, entendues ni même rêvées auparavant. Déjà, à notre arrivée à Coyoacán, nous avions pu constater la grandeur des seigneurs et des princesses, proches parents de Montezuma, qui étaient venus à notre rencontre; lorsque nous débouchâmes sur cette place de l'Alameda, nous fûmes émerveillés par les palais où l'on nous reçut, par leurs proportions et leurs couleurs, par les magnifiques lumières des néons et des affiches lumineuses, qui sont des choses qui méritent bien d'être vues, ainsi que par les stores en coton ou en plastique de couleur. Comment décrire la foule d'hommes, de femmes et de jeunes gens qui se pressaient dans les rues, sur les toits et dans les voitures roulant sur ces anciens canaux à présent transformés en rues qui s'approchaient pour nous observer? C'était là un spectacle étonnant et lorsque je l'écris, je revois toute cette scène comme si elle s'était déroulée sous mes yeux seulement hier; en considérant la chose, il nous faut remercier le Très-Haut, qui, dans son infinie bonté, nous a accordé sa grâce et son soutien pour que nous trouvions le courage d'entrer dans cette ville, et qui nous a gardés de bien des dangers de mort comme on le verra par la suite. Je le remercie humblement de m'avoir permis de regagner ma patrie pour pouvoir rapporter notre périple, même si les délais établis ont été dépassés; mais laissons là les paroles, car les faits sont les meilleures preuves de ce que je rapporte. […]

Originaire de Mexico, Rubén Ortiz Torres a étudié au CalArts de Los Angeles. Son travail s'intéresse principalement au chaos iconographique et culturel au sein du régime postnational, qu'il enregistre et sur lequel il intervient. Sa pièce multimédia en 3D, La zamba del Chevy, faisait partie de l'exposition "Departures" présentée à la Getty Institute sous le commissariat de Lisa Lyons. Dans le cadre d'une résidence à ArtPace 01.3, à San Antonio, il collabore présentement avec le cinéaste Jimmie Mendiola.

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HORIZONTAL | VERTICAL : COMMENT PEUT-ON ÉVITER D'ABORDER LES QUESTIONS DE GENRE ?
Patricia Martin

[Extrait]

Les changements survenus dans les structures politiques du Mexique au cours de la dernière année ont démontré la nature éminemment catholique d'un pays où les tensions entre l'Église et l'État constituaient depuis toujours un point particulièrement sensible dans l'histoire nationale. Pour la première fois dans ce Mexique post-révolutionnaire, le pays est gouverné par un Président de la République, issu, tout comme la plupart des membres du cabinet ministériel, d'un parti politique qui défend ouvertement ses convictions catholiques. Ce sont ces mêmes convictions qui influencent les structures et les rôles sociaux tels que les conçoit la plus grande partie de la population. Au Mexique, la femme a joué un double rôle complexe: en effet, elle était à la fois l'actrice principale du film et une simple figurante qui ne faisait que de brèves apparitions en arrière-plan. D'un côté (comme l'ont remarqué certains auteurs comme Roger Bartra), la conception de la femme a largement été associée à l'image de la Vierge de Guadeloupe, mère et sainte patronne de la nation depuis l'époque coloniale; mais elle est tout aussi liée à l'image d'une autre figure mythique: la Malinche. La représentation de la Vierge de Guadeloupe est une construction symbolique autour de la figure de la mère pure et protectrice, tandis que la Malinche représente la femme violée devenue mère fertile; dans le langage populaire, on l'appelle la "Chingada". Il est symptomatique que la plus grave injure que l'on puisse faire à un Mexicain (ou à une Mexicaine) soit de l'appeler "hijo(a) de la Chingada" ("Fils de Pute" ou "Fille de pute"). Cette insulte synthétise littéralement le court-circuit existant entre les notions de mère-pure et de femme-pute, figure double dont nous sommes tous issus, hommes et femmes. C'est au travers de cette identité complexe que la femme est perçue et appréhendée; elle est donc envisagée comme un archétype d'âme à la fois sainte et démoniaque. Dans un tel système de représentations irréalistes, la femme ne peut être valorisée que dans la mesure où elle pratique "l'abnégation". Elle ne peut revendiquer la considération sociale que si elle se refuse à prendre la parole et s'interdit toute participation à la vie publique.

Puisque nous nageons à présent dans un paradis d'explications psychanalytiques, il faut, me semble-t-il, tenter de comprendre le contexte actuel qui s'offre aux femmes mexicaines. Il convient d'expliquer, en effet, que c'est précisément le manque de paramètres réels dans la construction de l'identité féminine qui est responsable d'une absence presque complète d'examen de conscience intime, lequel, transposé à l'échelle sociale, aurait pu déboucher sur un véritable débat public entraînant une nouvelle formulation des conceptions sociales aux conséquences et aux répercussions difficilement mesurables. On entend souvent dire au Mexique que tous les débats autour de la femme, qu'il s'agisse ou non de débats féministes, sont dépassés et que le problème est résolu. Il est encore plus remarquable qu'on entende ce genre de discours dans les milieux culturels qui sont précisément les secteurs qui pourraient être les initiateurs d'un plus vaste débat, pouvant, le cas échéant, déboucher sur de nouvelles conceptions de la femme.[…].

Patricia Martín est conservatrice de la Collection JUMEX à Mexico. Elle a organisé plusieurs expositions dont "L.A. International 6 Young British Artists" (Chac-Mool Gallery), "Learning Less: Gabriel Orozco, Fischli & Weiss y Richard Wentworth" (Centro de la Imagen/México-Biblioteca Luis Arango/Colombia) et "Proyecto "4X", Photoalbums de Francis Alÿs, Jonathan Hernández, Pedro Reyes et Laureana Toledo" (Museo de las Artes/Guadalajara).

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HORIZONTAL | VERTICAL : AVOIDING GENDER
Patricia Martin
[Excerpt]

The visible changes that have taken place within Mexico's political structure in the past year have thrown the country's eminently Catholic character into relief. In Mexican society, tensions between Church and State have always been one of the most sensitive issues. Today, for the first time in post-revolutionary Mexico, the president and a large proportion of his cabinet are members of a political party which openly promotes its Catholic beliefs. These same beliefs form the basis for the way social roles and structures are conceived by the majority of the population. Women have played a double and complex role in Mexico, simultaneously the star of the show and an extra with brief walk-on parts in the background. On the one hand, as authors such as Roger Bartra have pointed out, the image of women has largely been tied to the Virgin of Guadeloupe, the country's mother and patron saint since the colonial period. But she is also linked to another mythical figure: La Malinche, the indigenous interpreter (and, by extension, the indigenous mother), who played a singular role in the Spanish conquest. While the Virgin of Guadeloupe has been constructed as a symbolic representation of the pure and protective mother, La Malinche has taken on the role of the violated and fertile mother popularly known as "La Chingada." It is entirely symptomatic that the worst insult a Mexican man or woman can receive is to be called an "hijo (or hija) de la Chingada"("son [or daughter] of a bitch"). This attack literally sums up the short-circuit between the notions of the virgin and the whore who together gave birth to us all. Women are seen and heard through this complex identity, making them the archetype of someone who is simultaneously saintly and fiendish. In this system of unattainable representations, women are valued only to the extent that they practise self-denial. They are respected only if they remain silent, only if they shun an active presence in public life.

Submerged as we are in this paradisial psychoanalytic expedition, it would be worthwhile to make clear the present-day reality of Mexican women. Here the same lack of real parameters in the construction of her identity has provoked an almost complete absence of any self-awareness. Such an inquiry might, on a larger scale, establish a real public debate, whose social repercussions and questioning of social roles could become far-reaching. In Mexico, however, it is more common to hear that any discussion of the status of women, be that discussion feminist or not, is no longer necessary. It is especially curious that this discourse extends into the cultural sphere, where a public debate that could alter the conception of women could perhaps germinate. […]

Patricia Martín is curator of the JUMEX Collection in Mexico City. Among other shows, she has organised "L.A. International 6 Young British Artists" (Chac-Mool Gallery), "Learning Less: Gabriel Orozco, Fischli & Weiss y Richard Wentworth" (Centro de la Imagen/México-Biblioteca Luis Arango/Colombia) and "Proyecto '4X', Photoalbums by Francis Alÿs, Jonathan Hernández, Pedro Reyes and Laureana Toledo" (Museo de las Artes/Guadalajara).

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MIGUEL CALDERÓN. LES ENFANTS NE SONT PAS SI TERRIBLES QUE ÇA
Olivier Debroise
[Extrait]

Il regarde la télé, torse nu et en slip, couché sur un vieux matelas, dans un coin de son vieil atelier, une imprimerie commerciale spécialisée dans la sérigraphie, sur les hauteurs de Tacubaya qui dominent la ville de Mexico sur son flanc ouest. C'est un ancien village de montagne incorporé à la ville, que parcoururent dans les années quarante la photographe Américaine Helen Levitt et un exilé espagnol à la recherche d'une nouvelle inspiration, Luis Buñuel. Lieu de misère depuis la fin du dix-neuvième siècle, Tacubaya était un refuge d'immigrés des campagnes qui vivaient dans des taudis au fond des vallées ou dans les grottes artificielles des mines de chaux. Levitt en rapportera des images pathétiques, maintenant célèbres, de sales visages d'enfants; Buñuel en fera le décor lugubre d'une fresque morale sur les déshérités de la modernité, Los Olvidados, un film qui fit scandale au Mexique en 1950, révélant la face cachée du progrès que le parti au pouvoir, le tout-puissant Parti de la Révolution Institutionnelle (P.R.I.) s'efforçait de cacher à tout prix. Dans les années 1980, la "zone" de Tacubaya, prise en charge par des partis politiques de gauche et des sectes protestantes, urbanisée à force d'injection de fonds électoraux et prosélytistes, est devenue une "terre sans nom", un entrelacs de ruelles qui se retournent sur elles-mêmes, de maisons basses en blocks de béton gris, mal finies, avec des poutrelles d'acier qui giclent des toits, dans l'attente, improbable, c'est vrai, d'un second étage. Des murs couverts de placages. L'échoppe du coin, avec l'inévitable autel à la Vierge de la Guadeloupe, devant laquelle on s'assoit sur la carrosserie d'une voiture défoncée, pour siroter une bière, fumer un clope, discuter et rêver d'un autre avenir. De toute façon, ici, les polices ne se montrent pas. Les journaux télévisés mexicains ont d'ailleurs déclaré Tacubaya "zone de guerre"; les bandes de gosses en profitent pour faire des descentes dans les quartiers chics, juste au pied des collines. Une légende qui se nourrit soi-même.
Miguel, lui, ne s'est pas installé dans ce quartier pour faire de l'anthropologie sociale, ni du prosélytisme religieux ou politique, mais simplement parce que son papa lui a refilé le deuxième étage d'une entreprise qui n'a jamais vraiment marché. Il y a encore plein de balles de papier au rez-de-chaussée et dans l'escalier. Le loft de Miguel Calderón, avec cette espèce de grand balcon qui domine le secteur et la ville entière, est à la fois salle de concert et de raves, terrain de basket, "atelier d'art" et chambre à coucher. Ou plutôt, dortoir, car il y a toujours une douzaine de gosses, plus ou moins artistes, plus ou moins musiciens, jetés sur les matelas. Dans un coin, à côté d'un frigo sale, la batterie et les baffles.

Bon, le décor est planté. Passons aux choses sérieuses. Miguel se gratte les couilles en regardant les merdes qui passent à la télé, devant la fenêtre ouverte d'où il domine la ville. Il se les gratte et il les regarde aussi: gros plan sur couilles moirées, brunes et blondes, avec au fond la télé et puis la ville. "Balls with a view." Allez, c'est comme ça qu'on devient célèbre; largue ses boxers, prend la caméra: faisons donc de l'art. Agustina s'est tirée à Acapulco: hommage ainsi à la branlette. Pose sur une carte postale de la fameuse baie ouverte sur le Pacifique. Plus tard, dans les galeries, les gens passeront devant l'image sans comprendre que ces brunes collines ne sont autres qu'un autoportrait, et personne bien sûr, ne s'offusquera. C'est comme ça l'art contemporain: on veut choquer les foules et ça vous retombe sur le tas; on devient célèbre sans même s'en rendre compte, et puis il faut continuer.

Quand on a commencé, me disait Miguel Calderón, y a plus moyen d'arrêter, faut continuer à faire la même chose; si ce n'est pas le type de la galerie, qui veut son exposition chaque année et un fond de vente en permanence, ce sont les critiques, les lecteurs, qui en veulent plus, toujours plus. Alors, il faut s'arrêter. Moi, je m'arrête. […]

The author begins by situating artist Miguel Calderón within his corporeal and domestic environment before describing the multifarious practice of this Mexican "enfant terrible." The artist uses strategies that are remarkable for their anti-visual arts dimension - a musical band or a gallery-café-projection room he founded. Calderón's anthropological-like approach proves more documentarian than artistic.

Olivier Debroise est commissaire, critique et historien d'art. Il est le directeur fondateur de Curare: Critical Space for the Arts. Entre autres expositions, il a organisé "The Bleeding Heart" (avec Elisabeth Sussman et Matthew Teitelbaum, ica, Boston), "David Alfaro Siqueiros: Portrait of a Decade 1930-1940" (Whitechapel Art Gallery), et a été un des commissaires de "InSITE97". Il vient de publier Mexican Suite: Photography in Mexico aux Presses de l'Université du Texas.

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THE FEAR OF RETURNING AND BEING MISUNDERSTOOD : ON CARLOS MORALES
Michèle Faguet
[Extrait]

We are all tourists now and there is no escape.
- Paul Fussell

Over the course of the last decade art criticism on Mexico articulated abroad has tended to traffic in a set of tired, narcissistic clichés about the chaotic, overwhelming experience of living in Mexico City which, supposedly determinant of all of the art produced here, only glosses over the specificities of individual practices and proposals. Mexico's geographical proximity to the United States, as well as its economic power in relation to the rest of HispanoAmerica, has granted it relatively fluid access to a mainstream international art circuit but often at the expense of complicated individual readings informed by a familiarity with local references that would otherwise provide a more interesting set of historical paradigms into which such work might be inserted. One might even argue that the current boom in Mexico, in relation to its reception on an international scale, strays dangerously close to becoming yet another instance of artworld fashion, and its production of incomplete readings, which already implies a sense of historical amnesia and ephemerality that dictates that what is interesting today will be forgotten tomorrow.

The work of Carlos Amorales raises a complex set of methodological issues which functions in deconstructive relation to its content and perhaps more significantly in relation to its very reception and dissemination on a broader scale. His career has traced a highly paradoxical trajectory in that having lived outside of Mexico for over ten years and almost completely removed himself from what we might posit as the tenets that describe a local art practice, his work deals with familiar tropes gleaned from a collective imaginary's image of everyday life in Mexico - namely the violence and staged viscerality typically associated with the phenomenon of lucha libre. It is not without a certain degree of irony that Amorales posits his work as based on "the experience of living as a foreigner" both in Amsterdam, where he currently resides, as well as in his native city, providing one possible point of entry into his work by referencing an entire canon of writing that has valorized a position of distantiation be it in the form of the modernist exile or expatriate or more recent configurations of migrant or diasporic identities and nomad thought. Perhaps the figure of the tourist, usually denigrated within this same tradition, provides a more useful analytic category with which to approach the critical displacement of terms that has guaranteed the successful reception of his work by a public unfamiliar with those very terms.

On the occasion of his first solo show in Mexico at the Museo Carrillo Gil in 1999, Amorales, along with performance artist Joan Jonas, initiated a workshop for former street kids in Mexico which would prove to be a somewhat ambiguous collaboration between the art institution, an ngo (El Caracol) located in downtown Mexico City, the artists, and, of course, the kids themselves. This idea had been conceived in relation to a previous conversation between Amorales and Jonas which dealt with a mutual interest in strategies of performativity in the creation of fictional personæ utilized in their respective work. Subsisting on the margins of dominant (or even informal) social or economic structures, these children earned their living by performing during the intervals created by urban traffic lights. And yet, as became evident during the development of the project, the emergence of ngos and charitable organizations in response to the plight of these social outcasts has produced a professionalized class of victims who actively assimilate a set of scripted clichés that guarantees the subsistence of this sort of economy and, as the artist himself points out, validates the charitable structure within which these individuals situate and concomitantly trap themselves. According to Amorales, "A dirty face becomes a mask, an efficient code in an overly codified society." Drawing, then, upon the construction of an identity based on victimization and marginalization (produced performatively rather than merely a transparent reflection of economic or social circumstances and in this way emblematic of the performative nature of identity formation against any notion of a predetermined one), Amorales and Jonas set out to radically decontextualize the terms of engagement with the urban environment by proposing that the kids, outfitted in sporting attire, sunglasses and disposable cameras, move about the city as tourists for several days.

Le travail de Carlos Amorales soulève des questions méthodologiques complexes liées à la politique du lieu. En résidence à Amsterdam, l'artiste traite de tropes familiers qui émanent de l'imaginaire collectif entourant la vie quotidienne au Mexique, comme la violence orchestrée que l'on associe normalement au phénomène de la lucha libre (lutte libre). Pour analyser le travail d'Amorales, l'auteur a recours à la figure du touriste pour théoriser un type particulier de déplacement, de distanciation et de déconstruction critiques. À l'intérieur de ce que l'artiste qualifie lui-même comme étant une "morale d'ambiguïté", la distinction entre les catégories binaires du local et du global est remise en question puis évacuée.

Michèle Faguet has served as Assistant Editor of TRANS>arts, cultures.media and later the Exhibitions Coordinator at the Swiss Institute, New York. As Director of La Panadería in Mexico City, she curated projects such as "Cambio de Lugar/Change of Place: Andrea Geyer and Sharon Hayes" and "Aire de México: Javier Téllez."

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