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PARACHUTE 122
TRAVAIL ** WORK
04. 05. 06. 2006
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Sommaire
Travail
Le partage de l'expérience
Work
The Sharing of Experience
par_by Chantal Pontbriand
L'usine comme transformateur social
8 x 5 x 363 + 1 de Raphaëlle de Groot
The Factory as Social Transformer
Raphaëlle de Groot's 8 x 5 x 363 + 1
par_by Jean-Philippe Uzel
Coco Fusco et Steve McQueen
Jouissance obscène : Esthétiques et poétiques visuelles de l'exploitation du travail
Coco Fusco & Steve McQueen
Obscene Jouissance: Aesthetics and the Visual Poetics of Labour Exploitation
by_par Derek Conrad Murray
Jean-Luc Moulène
Travail de sape
Jean-Luc Moulène
Working to Undermine
par_by Nathalie Delbard
Politique du travail en œuvre
Sur quelques œuvres de Tatiana Trouvé
The Politics of Work at Play
On a Few Artworks by Tatiana Trouvé
par_by Joseph Mouton
Art et Travail
Art and Work
par_by Maurizio Lazzarato
Essai visuel_Visual Essay
AU TRAVAIL / AT WORK
par_by Bob the Builder
BGL : Le travail du reel
BGL: Working the Real
par_by Marie Fraser
Echoes and Shifts
Alienation De-realized / Alienation Carnivalized
by Victor Tupitsyn
Livres et revues_Books and Magazines
par_by Tammer El-Sheikh, Joana Hurtado, Jacinthe Lessard, Todd Meyers, Alexandria Pierce, Karen Roulstone
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para_para 22_articles
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Travail
le partage de l'expérience
Ce que certains auteurs nomment aujourd'hui le capitalisme du savoir, ou cognitif, cause des remous qui bouleversent le monde tel que nous l'avons connu dans le siècle dernier (1). La société industrielle et même postindustrielle qui s'y est développée a permis à de nouveaux modes de vie et de pensée de naître. Elle a peu à peu affranchi l'humain de la production d'objets et d'une économie basée sur la circulation des objets et des biens à une économie de plus en plus immatérielle. Celle-ci est liée au savoir et à la connaissance, ce qui introduit une plus grande complexité dans les modes de production et engendre des problématiques inédites liées au travail et à la vie quotidienne.
L'affect est davantage mis en jeu dans une conception du travail qui fait plus appel aux capacités globales de l'individu qu'au temps qu'il y consacre. Le savoir, comme la production, sont plus difficilement mesurables, quantifiables. La dématérialisation du travail, accrue par l'avènement de l'ordinateur et de la cybernétique, cesse, par exemple, de poser des limites claires entre la vie privée et la vie publique. Et même, les capacités ou les compétences que l'individu développe dans le cadre des activités autres que celles qui sont directement liées au travail deviennent une partie importante de la formation nécessaire pour « fonctionner » dans une société postcapitaliste qui mise sur le capital cognitif de l'individu et du consommateur.
L'art lui-même épouse les formes et les structures de ces développements de plus en plus apparents sur le plan de la vie sociale. Dès les années 1960 apparaissent les premières manifestations d'un art dit « dématérialisé (2) ». Les idées, les gestes, les attitudes, le concept priment dans les pratiques artistiques qui se généralisent alors, octroyant à la pensée et au savoir une primauté sur l'objet matériel. L'art se dématérialisant annonce une révolution qui deviendra en peu de temps de plus en plus présente dans le monde économique lui-même. La crise politique qui affecte nos sociétés à l'heure actuelle est intimement liée à une conception et à une gestion du travail qui datent.
L'art interroge la notion de travail elle-même de façon active comme nous le constatons à la lecture des essais publiés dans ce numéro. Pourquoi? Parce que le travail est cette interface entre soi et l'autre. Lien social, il est indispensable à la constitution du soi, à la production du soi. Il lie l'univers symbolique de l'individu et le réel. Il est ce qui permet d'agir avec et sur le réel; il est ce qui constitue l'être-au-monde. Le travail permet à l'imaginaire de croître et au monde, son propre monde, comme celui des autres, de se transformer. L'imaginaire est déjà au cœur de l'économie actuelle. Comment le reconnaître sans l'inféoder à un nouveau capitalisme éteignoir? Voilà tout l'enjeu politique de l'heure. Enjeu politique que les pratiques artistiques ne cessent de nous rappeler et de remuer. Comment transformer ce capitalisme du savoir, ce capitalisme immatériel, en lieu d'expérience? Car seule l'expérience, qui est en soi un appel au renouvellement constant, assure la vie, et la renaissance. On ne peut, de façon réaliste, en faire l'économie.
Chantal Pontbriand
1. Voir André Gorz, L'immatériel, connaissance, valeur et capital, Paris, Galilée, 2003; Michael Hardt et Antoni Negri, Empire, traduit de l'américain par Denis-Armand Canal, Paris, Exils, 2000; Jeremy Rifkin, L'âge de l'accès. Survivre à l'hypercapitalisme, traduit de l'américain par Marc Saint-Upéry, Montréal, Boréal / Paris, La Découverte, 2000; Joseph Pine et James Gilmore, The Experience Economy: Work is Theatre & Every Business a Stage, Boston (Mass.), Harvard Business School Press, 1999. Maurizio Lazzarato (que nous publions ici même) et Enzio Rullani sont à consulter dans la revue Multitudes, dont le site Web est : http://multitudes.samizdat.net.
2. Voir Lucy Lippard (éd.), Six years. The Dematerialization of the Art Object from 1966 to 1972: A Cross-Reference Book of Information on Some Esthetic Boundaries, Berkeley, University of California Press, 1997; et Harald
Szeemann, When Attitudes Become Form, catalogue d'exposition, Kunsthalle, Berne, 1969. Voir aussi Helen Molesworth (éd.), Work Ethic, catalogue d'exposition, Baltimore (Maryland), The Baltimore Museum of Art / University Park (Pennsylvania), The Pennsylvania State University Press, 2003.

Work
The Sharing of Experience
What certain authors have termed the capitalism of knowledge or cognitive capitalism now creates a state of turbulence that disrupts the world as we have known it throughout the last century. The industrial and post-industrial society which it fosters has sustained the emergence of new modes of life and thought. It has almost entirely emancipated humans from the production of objects and from an economy based on the circulation of objects and commodities, and has given rise to an economy that is ever more immaterial. The latter is linked to knowledge and cognition, a fact that introduces a greater complexity in the modes of production and engenders new problems with respect to work and daily life.
Affect is increasingly at play within a conception of work that depends more on the individual's global capacities than on the time he or she devotes to a given task. Knowledge, like production, is more difficult to measure, to quantify. The dematerialization of work, which is exacerbated by computers and cybernetics, ceases, for instance, to set clear boundaries between public and private life. And even the capacities or competencies that individuals acquire as they engage in activities that overstep the bounds or work per se have become an important part of the training that is necessary to "function" in a post-capitalist society, which relies on the cognitive capital of the individual and consumer alike.
Art itself embraces the forms and structures of such developments, which have become more and more apparent in the sphere of social life. As early as the 1960s, the first manifestations of a "dematerialized" art begin to emerge. Ideas, gestures, attitudes, and concepts pervade artistic practices which become more generalized, thereby imputing to both thought and knowledge a primacy over the material object. The art that dematerializes harbours a revolution that will, in a short period of time, suffuse the economic world itself. The political crisis that currently plagues our societies is intimately bound up with a conception and a management of work that is outdated. Art interrogates the notion of work itself in an active manner, as can be surmised from the essays published in this issue. Why? Because work is the interface between self and other. A social bond, it is indispensable to the constitution of the self, to the production of the self. It links the symbolic universe of the individual with the real. It is what allows one to act with and on the real; it is what constitutes being-in-the-world. Work affords growth to the imaginary; as well, it allows the world, its own world as much as that of others, to transform itself. The imaginary is already at the core of the current economy. How must one recognize this fact without pledging one's allegiance to a new, stifling capitalism. There lies the crux of contemporary politics. Such political problems are ceaselessly addressed and questioned by artistic practices. How must one transform such a cognitive capitalism, an immaterial capitalism, into a site of experience? For only experience, which is in itself a call for constant renewal, ensures life and rebirth. One cannot, in a realistic way, dispense with it.
Chantal Pontbriand
Translated by Eduardo Ralickas
1. See André Gorz, L'immatériel, connaissance, valeur et capital (Paris: Galilée, 2003); Michael Hardt and Antoni Negri, Empire (Cambridge, MA: Harvard University Press, 2000); Jeremy Rifkin, The Age of Access: The New Culture of Hypercapitalism, Where All of Life Is a Paid-for Experience (New York: J.P. Tarcher/Putnam, 2000); B. Joseph Pine and James H. Gilmore, The Experience Economy: Work Is Theatre & Every Business a Stage (Boston: Harvard Business School Press, 1999.) Also see Maurizio Lazzarato (whom we publish here) and Enzio Rullani's work in the periodical Multitudes, http://multitudes.samizdat.net.
2. See Lucy Lippard, ed., Six Years: The Dematerialization of the Art Object from 1966 to 1972: A Cross-reference Book of Information on Some Esthetic Boundaries (Berkeley: University of California Press, 1997); and Harald Szeemann, When Attitudes Become Form (exhibition catalogue, Kunsthalle Bern, 1969). See also Helen Molesworth, ed., Work Ethic (exhibition catalogue, Baltimore, MD: Baltimore Museum of Art/University Park, PA: Pennsylvania State University Press, 2003).

Résumés_Abstracts
L'usine comme transformateur social
8 x 5 x 363 + 1 de Raphaëlle De Groot
par Jean-Philippe Uzel
Dans cet essai, l'auteur traite de l'intervention 8 x 5 x 363 + 1 de Raphaëlle De Groot qui, en proposant une redéfinition des liens entre art et travail par l'utilisation de l'usine comme lieu d'expérimentation, s'inscrit dans les pratiques artistiques récentes du Factory Art. En établissant les diverses stratégies empruntées par ces artistes, l'auteur constate comment De Groot se distingue en faisant une immersion de deux ans dans l'entreprise de textile Lanificio F. lli Cerruti (nord de l'Italie). Il en résulte, selon l'auteur, l'approfondissement des relations internes dans le lieu de travail et la création de liens entre divers types d'institutions, faisant de l'usine le lieu possible pour l'amorce d'un « nouveau contrat social ». Ainsi, conclut l'auteur, la motivation première de De Groot serait la croyance en l'effectivité de la pratique artistique dans un contexte non-artistique.

The Factory as Social Transformer
Raphaëlle de Groot's 8 x 5 x 363 + 1
by Jean-Philippe Uzel
In this essay, the author examines Raphaëlle de Groot's artistic intervention titled 8 x 5 x 363 + 1, which inscribes itself in the tradition of Factory Art by seeking to redefine the links between art and work within an industrial plant that functions as a site for experimentation. In defining the various strategies deployed by artists who have worked with the logic of Factory Art, the author contends that what distinguishes De Groot's work is her two-year immersion in a textile factory operated by Lanificio F. lli Cerruti in Northern Italy. De Groot's intervention gave rise to the development of new forms of human relations within the plant and the creation of links between diverse institutions, thereby refashioning the factory as a possible site for a "new social contract." Thus, the author concludes that the motivation which underpins De Groot's work is the belief in the effectiveness of artistic practice within non-artistic contexts.

Jouissance obscène : Esthétiques et poétiques visuelles de l'exploitation du travail
par Derek Conrad Murray
Dans une tentative de repenser la problème de l'expoitation au travail comme il est représenté et vécu dans le monde contemporain, l'auteur analyse deux oeuvres d'artiste international dont les préoccupation postcolonialistes sont manifestes soit, dans la vidéo Dolores from 10 to 10 de Coco Fusco et dans Westerne Deep de Steve McQueen (toutes les deux de 2002). Selon l'auteur, ces deux oeuvres révèlent les tensions qui sous-tendent les tentatives de l'artiste contemporain de lier art et politique (et d'éviter le statut de l'art comme marchandise), dans la mesure où ils explorent l'esthétique de l'exploitation au travail à travers l'articulation de la victimisation sociale de l'Altérité. L'auteur conclut au moyen d'une analyse critique des pièges liés à la representation artistique des subjectivités non-normatives. En effet, de telles embûches sont pris en compte dans les oeuvres de Fusco et de McQueen, car elles dévoilent les pouvoirs des règles totalitaires sur les conditions d'existence, c'est-à-dire, selon certains critiques, le fétichisme mondial dans lequel leur propre pratique artistique fait inévitablement partie.

Obscene Jouissance: Aesthetics and the Visual Poetics of Labour Exploitation
by Derek Conrad Murray
In an effort to rethink the issue of labour exploitation as it is both represented and embodied in the contemporary art world, the author examines two works by international artists whose post-colonial leanings are eloquent: Coco Fusco's video Dolores from 10 to 10 and Steve McQueen's film Western Deep (both 2002). According to the author, both works reveal productive tensions that underlie contemporary art's attempts to foster links between art and politics (and to circumvent art's status as commodity), insofar as they explore the visual poetics of labour exploitation through the articulation of social victimization and Otherness. The author concludes by way of a critical analysis of the pitfalls of representing non-normative subjectivities in art. Such snares are addressed by Fusco and McQueen's works, for they make visible the powers of totalitarian rule over the conditions of existence, namely, the global fetishism of which their own artistic production is indelibly a part according to some critics.

Jean-Luc Moulène
Travail de sape
par Nathalie Delbard
En abordant les séries « Objets de grève », « Produits de Palestine » et « Filles d'Amsterdam » de Jean-Luc Moulène, l'auteure les analyse autour d'un dénominateur commun, à savoir le travail de sape que chacun de ces ensembles photographiques met en oeuvre en soulignant les zones de défaillance du système économique dominant, en court-circuitant le marché de l'art et en opérant des arrêts dans le temps. Qu'ils s'agissent de slogans et de revendications d'ouvriers inscrits sur des objets conçus lors de grève, ou encore de produits fabriqués par des Palestiniens visant à s'engager à contre-sens de la commercialisation, dans les deux cas, l'artiste ne fait pas que montrer ces objets de consommation. À travers les dispositifs d'exposition et une documentation textuelle, il tente plutôt de ramener à la surface l'énergie déployée pour les concevoir et les conditions de travail dont ils sont issus. Selon l'auteure, l'idée d'un travail de sape culmine dans la série des « Filles d'Amsterdam », où le corps lui-même de ces femmes prostituées est vu comme marchandise. La composition des images de cette série juxtapose deux traditions de la photographie du XIXe siècle, ce qui a pour résultat de présenter sous un même plan le visage (Bertillon) de la femme et son sexe (Belloc). Le registre de survisibilité exploité dans cette série soulève la controverse et montre en quoi l'absence de consensus est aussi un moyen de secouer le marché de l'art.

Jean-Luc Moulène
Working to Undermine
by Nathalie Delbard
By way of an analysis of Jean-Luc Moulène's three series "Objets de grève" ("Labour Strike Objects"), "Produits de Palestine" ("Palestine Products"), and "Filles d'Amsterdam" ("Girls of Amsterdam"), the author contends that Moulène's photographic practice is permeated by an ethos of "working to undermine." In fact, the artist's various photographic projects work to undermine by pointing to the zones of vulnerability within the dominant economic system, by short-circuiting the art market, and by arresting time. When Moulène photographs the slogans and demands of workers which have been inscribed on the very surface of objects produced during labour strikes, or when he makes use of goods produced by Palestinians who seek to work against the grain of commercialization, Moulène is not simply pointing to the existence of such objects. By means of sophisticated exhibition strategies and concomitant publication projects, Moulène's artistic practice is devoted to bringing forth both the energy dispensed in the act of producing commodities as well as the labour conditions that underpinned that very act. According to the author, Moulène's work of undermining culminates in the "Filles d'Amsterdam" series, in which the body of prostitutes is imaged as merchandise. The composition of the photographs juxtaposes two traditions from nineteenth-century photography, namely, the identity photos of Bertillon and the images of genitalia by Belloc. The over-determined nature of the series' visuality certainly invites controversy, and it shows to what extent the absence of consensus is an effective manner to critique the art market.

Politique du travail en œuvre
Sur quelques œuvres de Tatiana Trouvé
par Joseph Mouton
Dans cette essai monogaphique, l'auteur analyse les oeuvres de Tatiana Trouvé depuis que l'artiste a élaboré le projet Bureau d'Activités Implicites. Ce projet se déploie sous diverses formes (installations, mobilier, dessins) au sein desquelles l'artiste decline par métaphore l'univers de la création artistique tel qu'il est infléchi par le système bureaucratique de soutien financier, de production et de diffusion de l'art actuel. L'auteur reprend la distinction faite par Hannah Arendt pour distinguer la vita contemplativa et la vita activa afin de montrer comment la pratique de Trouvé parodie le désoeuvrement d'un art contemporain administré où les idées sont émises par les gestionnaires et la fabrication, l'oeuvre, ramenée à sa dimension artisanale. Tout en remettant en question le propos enthousiastes de Jean-Michel Menger à l'endroit du travailleur créatif, l'auteur montre aussi comment les oeuvres de l'artiste mettent en forme une figure d'artiste décentrée, circulant entre l'identité bureaucratique de l'artiste, le faire impersonnel et la vie personnelle.

The Politics of Work at Play
On a Few Artworks by Tatiana Trouvé
by Joseph Mouton
In this monographic essay the author examines the works Tatiana Trouvé has created since the artist inaugurated a project entitled Bureau d'Activités Implicites ("Bureau of Implicit Activities"). This project has given rise to installations, drawings, and furniture by means of which the artist metaphorically represents the universe of artistic creation as it is sustained by contemporary bureaucratic systems of financial support, production, and dissemination. The author makes use of a distinction put forth by Hannah Arendt between the vita contemplativa and the vita activa in order to show how Trouvé's project parodies the fate of contemporary art, which is understood here as the product of "administration"it is an art whose ideas stem from the minds of bureaucrats and whose fabrication is reduced to the dimension of craftsmanship. While questioning Jean-Michel Menger's enthusiastic contentions with respect to the creative worker, the author also shows how Trouvé's projects sketch a decentred artistic figure who circulates between the bureaucratic identity of Trouvé, the impersonal act of "making" and personal biography.

Art et Travail
par Maurizio Lazzarato
À la notion du « partage du sensible » avancée par Jacques Rancière pour désigner la sphère artistique dans un régime où art et travail sont en opposition le premier dominant le second , l'auteur de cet essai, à la suite de Félix Guattari, propose un nouveau paradigme esthétique. Celui-ci est fondé sur une conception où la création est toujours à l'état naissant. L'auteur dégage ainsi la définition d'une esthétique relevant de processus et de creation émergeants par lesquels souvrent des nouvelles modalités d'expériences, de subjectivité et d'énonciation tant sur le plan des pratiques sociales qu'artistiques. Dans cette perspective, l'acte de création est solidaire d'une demarche existentielle à travers laquelle le sujet se singularise tout en étant lié à la production d'un langage qui l'inscrit dans une operation collective. Le défi de demain sera, selon l'auteur, d'en explorer toutes les issues politiques.

Art and Work
by Maurizio Lazzarato
In this essay, the author proposes a new aesthetic paradigm in accordance with the thought of Félix Guattari and in reaction to Jacques Rancière's notion of the "distribution of the sensible," which designates the artistic sphere understood as a regime in which art and work are opposed, the former dominating the latter. Lazzarato's aesthetic paradigm is based on a conception of creation that is always in a nascent state. The author thereby espouses a definition of the aesthetic that arises out of processes of emergent creation whereby new modalities of experience, subjectivity and enunciation are fostered, both as social and artistic practice. In this light, the act of creation is inextricably bound up with an existential ethos by means of which the subject achieves singularity while maintaining a link with the production of a language that inscribes him or her in a collective operation. According to the author, the challenges for the future will lie in the exploration of the resulting political issues.

BGL : Le travail du reel
par Marier Fraser
À travers quelques installations et actions du trio BGL, l'auteure aborde la notion de travail en relevant l'une de leurs stratégies qui est fondée sur l'interchangeabilité des mondes de l'art et du travail par le renversement de leur espace respectif. Exemplaire à ce titre, l'installation Need to believe (2005) est entre autres examinée par l'auteure pour sa façon de substituer l'espace habituellement réservé à l'art par les lieux administratifs de la galerie. Ainsi, les œuvres du trio engendrent une confusion entre art et non-art par leur tendance à minimiser l'écart entretenu avec le réel, au point de s'y confondre, et ce, grâce à des installations in situ et à la fabrication d'objets liés au quotidien. C'est dans cette ambiguïté caractéristique de leur demarche que réside, selon l'auteure, la dimension critique de leurs installations suscitant ainsi chez les spectateurs une réflexion sur leur propre mode de vie et sur la réalité contemporaine.

BGL: Working the Real
by Marie Fraser
By way of an analysis of several installations and actions by the Québec-based trio BGL, the author broaches the question of work as it is manifested in one of BGL's most privileged strategies, namely, the reversal and interchangeability of the spheres of art and work. A prime example is the work Need to Believe (2005), which is analyzed by the author for its capacity to substitute the site in which art is normally exhibited for the administration offices of the gallery. Thus, the works of BGL engender a confusion between art and non-art due to their tendency to minimize the gap that separates art from the real. This is usually achieved in site-specific installations or in fabricated objects that stem from the everyday. According to the author, the critical potential of BGL's work is afforded by this ambiguity, which incites the spectator to reflect on his or her own lifestyle and on contemporary life.

Alienation De-realized / Alienation Carnivalized
by Victor Tupitsyn
(seulement publié en anglais)
Dans cet essai de la section « Échos et mouvances », l'auteur analyse le sort du concept marxiste d'aliénation dans les sociétés de capitalisme avancé. À travers les écrits de Jean Baudrillard et de Philippe Lacoue-Labarthe, il aborde d'un regard critique les tentatives de dépasser ou de désamorcer l'aliénation dans la culture contemporaine. L'analyse de Tupitsyn explique la dialectique complexe qui oppose et réunit l'aliénation et la logique du spectacle. L'auteur affirme que dans un monde ou la « difference » est universellement « carnivalisée » par l'entremise des médias de masse, le dépassement de l'aliénation est une illusion ancrée au sein même de l'industrie du divertissement, laquelle fonctionne à la fois comme remède et comme cause d'une telle politique d'exclusion.
In this "Echoes and Shifts" essay, the author critically examines the fate of the Marxist concept of alienation within late Capitalist societies. In addressing the work of theorists such as Jean Baudrillard and Philippe Lacoue-Labarthe, the author takes issue with attempts to overcome or de-realize alienation in contemporary culture. Tupitsyn's analysis expounds the intricate dialectics that oppose and conflate alienation and the logic of the spectacle. The author contends that in a world in which "difference" is universally carnivalized by means of mass-media practice, the overcoming of alienation is an illusion that is fostered by the entertainment industry itself, which functions as both the cure and the cause of such a state of political estrangement.

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Christina Bagatavicius > RODNEY GRAHAM / A GLASS OF BEER AND OTHER WORKS, Lisson Gallery, London
Rodney Graham's latest show at the Lisson Gallery reveals the artist's skilled refinement at overlaying disparate cultural references within the same work. This most recent solo exhibition features an endless line-up of borrowed influencesfrom recreations of scientific thoughtexperiments, to self-portraits inspired by kitsch pub décor, and a sculptural homage to Elvis memorabilia. | suite_more |
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Julien Bismuth > CHRISTOPHER WILLIAMS / FOR EXAMPLE: DIX-HUIT LEÇONS SUR LA SOCIETE INDUSTRIELLE (REVISION 4), David Zwirner, New York
Christopher Williams's new exhibition at the David Zwirner Gallery in New York is the fourth in a series of "revisions" of his new body of work. The title is taken from Jean-Luc Godard's 1967 film Two or Three Things I Know About Her. Numbers figure prominently in the various titles that are attached to these works. | suite_more |
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Jean-Pierre Cometti > L'ARCHITECTURE DE WITTGENSTEIN / LA MAISON DE MARGARET, galerie Monopoli, Montréal // COLLOQUE "WITTGENSTEIN, L'ART ET L'ARCHITECTURE", Centre Canadien d'Architecture, Montréal
Ludwig Wittgenstein est l'auteur d'une œuvre, pour une large part posthume, dont on connaît l'intérêt philosophique. De 1926 à 1928, il a aussi construit une maison, à l'intention de sa sœur Margaret, avant de retourner définitivement à Cambridge pour enseigner la philosophie. Quelle place occupe-t-elle dans sa philosophie? Jusqu'à quel point rencontre-t-elle les questions qui en ont marqué l'évolution et le cheminement? | suite_more |
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Thomas Strickland > ANA REWAKOWICZ / DRESSWARE AND OTHER INFLATABLES, The Foreman Art Gallery, Bishop's University, Lennoxville
For Ana Rewakowicz, notions of the self in relation to personal and social identity, as well as adjustments to these boundaries, are informed by technology and the physical environment as much as they are by the social and the political. The exhibition "Dressware and Other Inflatables" asks the participant to imagine how material culture might collude with the individual to inform identity and, in the process, reorient social relationships. | suite_more |
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Joana Hurtado > TEMPS DE VIDEO 1965-2005, CaixaForum, Barcelona
Toute sélection artistique peut être conçue comme une façon de réécrire l'histoire. C'est cette volonté qui a guidé la commissaire Christine van Assche, responsable du département des nouveaux médias au Centre Georges Pompidou à Paris, lors de la conception de « Temps de vidéo 1965-2005 ».
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Frédéric Maufras > 9e TRIENNALE BALTIQUE D'ART INTERNATIONAL, CONTEMPORARY ART CENTER, VILNIUS // 1re TRIENNALE DE TURIN LA SINDROME DI PANTRAGUEL / THE PANTAGRUEL SYNDROME, Turin
« En fait, la cannibalisation accrue des cultures alternatives par la culture officielle est la marque de celle du capitalisme tardif » écrit Nicolas Guagnini dans le catalogue publié à l'occasion de la 9e Triennale de Vilnius. Lors d'un colloque organisé par Robert Storr, le directeur de la prochaine Biennale de Venise, qui s'est tenu du 9 au 12 décembre derniers pour dresser le bilan des éditions précédentes (« Où les mondes de l'art se rencontrent : les multiples modernités et le salon global »), il fut d'ailleurs aussi question de la cannibalisation d'un art local et spécifique par une mondialisation esthétique de plus en plus effrénée dont les biennales seraient devenues le nouveau modèle de développement. | suite_more |
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Marie-Eve Beaupré > JEFF WALL / PHOTOGRAPHS 1978-2004, Schaulager, Bâle
Le Schaulager, cet espace voué à l'art contemporain conçu par les architectes Herzog & de Meuron, surprend de par son architecture singulière. Inauguré au printemps 2003, sa fonction première consiste à abriter les œuvres de la Fondation Emanuel Hoffmann, une collection dont les premières acquisitions remontent à 1933 selon les intuitions de Maja Hoffmann-Stehlin. À chaque année, une exposition liée aux axes de collectionnement de la fondation occupe les deux premiers planchers du lieu. | suite_more |
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Nathalie Delbard > DIAS & RIEDWEG / LE MONE INACHEVE, centre d'art Le Plateau, Paris.
Par l'agencement d'images issues de leurs déplacements à travers le monde, de leurs rencontres, provoquées ou inopinées, avec différents groupes d'individus, et en particulier ceux, à travers l'expérience de l'immigration, dont la marge est le quotidien, Mauricio Dias et Walter Riedweg tentent, comme d'autres, de cheminer dans l'épaisseur du réel, de saisir la complexité d'espaces socioculturels mouvants. | suite_more |
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Mark Schilling > THIS MUST BE THE PLACE: VERA FRENKEL, DAVID ROKEBY, NELL TENHAAF AND NORMAN WHITE, InterAccess Electronic Media Arts Centre, Toronto
Relocation and mobility enter into the discourse of contemporary art with relative frequency. To reposition a practice or engage an audience in a notion of the nomadic is common, and when an institution relocates, the sense of its history can overwhelm. How does one rethink and re-present the past without the trappings of institutionalism and canonization?
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