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PARACHUTE 124
VIOLENCE UNLIMITED
10. 11. 12. 2006
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Sommaire
> Violence Unlimited
par Chantal Pontbriand
> Violence Unlimited
by Chantal Pontbriand
Résumés_Abstracts
> Quelques réflexions impertinentes sur la violence en France et autres questions pertinentes
> Some Politically Incorrect Reflections on Violence in France and Related Matters
by_par Slavoj Zizek
> Radek Community
Violence et pacification symboliques dans l'art contestataire postsoviétique
> Radek Community
Symbolic Violence and Pacification in Post-Soviet Protest Art
par_by Frédéric Maufras
> Dans le « bordel global » avec Adel Abdessemed
> In the "Global Bordello" with Adel Abdessemed
par_by Guitemie Maldonado
> Kendell Geers
La violence innommable
> Kendell Geers
Unnameable Violence
par_by Nicolas Exertier
> Sujets carcéraux :
Le jeu du pouvoir dans Repetition d'Artur Zmijewski
> Carceral Subjects:
The Play of Power in Artur Zmijewski's Repetition
by_par Derek Conrad Murray
> Rabih Mroué
Langage, performativité, violence
> Rabih Mroué
Language, Performativity, Violence
par_by Chantal Pontbriand
> Ali Assaf, Constanza Camelo et Guia Rigvava
Traduire la violence en performance culturelle exilique
> Ali Assaf, Constanza Camelo and Guia Rigvava:
Translating Violence into Exilic Cultural Performance
by_par Kinga Araya
Échos et mouvances_Echoes and Shifts
> The Sudden Stardom of the Third World City
by Rana Dasgupta
> « Sécurité humaine »
par Mariella Pandolfi + Chowra Makaremi
Livres et revues_Books and Magazines
Marie-Ève Charron, Elitza Dulguerova, Emily Hamilton, Frédéric Maufras, Todd Meyers + Richard Baxstrom, André-Louis Paré, Bernard Schütze, Benjamin Thorel, Stephen Turpin
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Résumés PARACHUTE 124
VIOLENCE UNLIMITED
Après avoir exploré les méandres de la violence interpersonnelle dans notre dernier numéro, Violence Psycho, nous abordons ici même les effets de la violence dans le contexte d'une mondialisation galopante. Violence sans fin, violence sans frontières, l'aspect illimité de la chose est flagrant. Et même, pourrait-on dire, plus il y a de mondialisation, plus il y a de violence. On peut se demander pourquoi, en chercher les fondements, rationaliser la chose, il reste que la violence tient de l'irrationnel, de la démesure et de la folie collective, à toutes fins utiles.
Identités territoriales et religions demeurent les grands facteurs qui influencent la violence sur le plan mondial. Les conflits sont cependant moins circonscrits qu'avant; les enjeux que ceux-ci représentent entre pays ou nations s'étendent à l'ensemble de la planète, comme nous le démontrent les mouvements issus de l'islamisme intégriste qui essaiment dans la majorité des continents. Les moyens de communication et la diffusion massive de l'information alimentent la violence et la font courir comme une traînée de poudre. Comme nous l'avions relevé précédemment, ce phénomène endémique est intimement lié à des questions d'identité. Cela joue tant sur la collectivité que sur l'individualité. La communauté se constitue à la faveur de l'exclusion. La démocratie peine autour de cette pénible réalité.
L'immigration est biface : elle représente l'intrusion chez l'autre de même que l'accueil de l'autre. La coexistence de réalités distinctes, l'hétérogénéité, n'est pas simple à prime abord. Elle nécessite beaucoup d'adaptation et de changements appelés ou imposés, et ce, de tout bord et de tous côtés. Et de tout temps. Est-ce l'aspect rassurant par rapport au grand brassage humanitaire qui a cours? L'histoire n'est pas exempte de ce type de mouvements : elle en est au contraire truffée d'exemples dont nous pouvons tirer profit. L'histoire nous montre bien que le changement ne se fait pas sans violence. Par contre, elle nous démontre aussi l'invention et la créativité qui peuvent en résulter, aux côtés de la souffrance et de la destruction. Il n'y a tout de même pas de justification à la violence. Elle existe. Sans doute, au mieux, pour nous rappeler que l'on peut la dépasser et faire sans elle.
Au pire, il nous est permis de faire avec plutôt que de la dépasser, de passer au travers, et d'avancer malgré tout, malgré la douleur et la destruction. Les artistes dont il est question dans ce numéro, Ali Assaf (Irak), Constanza Camelo (Colombie), Guia Rigvava (Géorgie), Kendell Geers (Afrique du Sud), Rabih Mroué (Liban), Artur Zmijewski (Pologne), proviennent pour la plupart de contexte où violence et mondialisation vont de pair. Le rapport à l'autre et au monde s'articule dans des situations localement difficiles. Leurs pratiques artistiques commentent et questionnent la nature et l'effet de la violence. Elles questionnent aussi la possibilité ou l'impossibilité de la mettre en représentation. N'empêche que leur questionnement adopte une forme qui fait écho au langage de l'image.
Ces pratiques constituent, somme toute, une « écriture du désastre », selon les mots de Maurice Blanchot. Elles articulent un rapport à l'autre, ce qui, en rien, ne mettra fin à la violence. Elle la rendra, d'une part, plus tolérable : le langage des images permet de mettre la chose à distance et de mieux en saisir les composantes. D'autre part, son intégralité en sera amoindrie par la désarticulation que le langage des images peut en faire. Il s'agit bien de jouer de ce langage autrement que sur le registre de la « grande » communication. Les médias d'information montrent la violence, sans la désamorcer. L'art forme une écriture : il permet de nuancer, et d'aller au plus profond de soi et de l'autre pour découvrir son « ailleurs ». Le possible, le potentiel humain se trouve donc dans ces interstices, dans ce qui demeure non dit par les grands récits communicationnels de notre époque. L'art peut être le révélateur de ce qui est micropolitique, de ce qui agit en dehors des grands appareils et des systèmes économiques et politiques qui régissent le monde. La violence appelle une réinvention du monde.
> CHANTAL PONTBRIAND

Abstracts PARACHUTE 124
VIOLENCE UNLIMITED
After having explored the meanders of interpersonal violence in the previous issue, Violence Psycho, we now focus our attention on the effects of violence in the alarmingly unbounded context of globalization. Violence without end, violence without borders; the unlimited aspect of the phenomenon is flagrant. One could say that the more globalization makes itself manifest, the more violence appears. Also, one could ponder on the reasons for this and attempt to comprehend the underpinnings of such violence and rationalize it; the fact remains: violence stems from an irrational source, from collective folly and excess, for all intents and purposes.
Territorial identities and religions still remain the most important factors that influence violence on a global scale. However, conflicts are less clearly contained than before; their stakes now implicate countries and nations across the globe, as is shown by the movements borne out of Islamic fundamentalism that have spread to most continents. The media that nourish massive information machines now feed violence and disseminate it like dust in the wind. As we remarked previously, this endemic phenomenon is inextricably bound up with questions of identity. This is equally at play at the level of the collectivity as well as at the level of the individual. The community constitutes itself in favour of exclusion. Democracy weeps in light of this appalling reality.
Immigration has two faces: it represents an intrusion into the realm of the other as well as the act of welcoming the other. The co-existence of distinct realities, heterogeneity, is not as simple as it seems. It requires much adaptation and change that must either be imposed or invoked from all sides at once. And at all times. Is this the reassuring aspect of the great humanitarian turmoil that now takes place? History is not exempt from this type of movement: it is, much to the contrary, filled with examples from which one can learn. History illustrates quite well that change cannot be effected without violence. However, it also points to the invention and creativity that can result from it, alongside suffering and destruction. There is, of course, no justification to violence. It exists, no doubt, to recall, in the best of cases, that we can surpass it and do without violence altogether.
In the worst of cases, we can live with it instead of surpassing it; we can work our way through it, and take a step forward, in spite of it all, in spite of pain and destruction. The artists whose works are shown in this issue stem, for the most part, from a context in which violence and globalization go hand in hand: Ali Assaf (Iraq), Constanza Camelo (Colombia), Guia Rigvava (Georgia), Kendell Geers (South Africa), Rabih Mroué (Lebanon), Artur Zmijewski (Poland). The relationship to the other and to the world makes itself manifest in situations that are locally difficult. Their artistic practices comment and question the nature and the effects of violence. They also interrogate the possibility or the impossibility of representing it.
Notwithstanding, their questioning adopts a form that echoes the language of the image. These practices constitute, ultimately, a "writing of disaster," to use an expression by Maurice Blanchot. They articulate a relationship to the other which in no way puts an end to violence. It will, however, make it more tolerable: the language of images allows for the creation of a distance vis-à-vis violence and enables a better grasp of its components. Moreover, the integrity of violence will be hindered by virtue of the disarticulation afforded by the language of images. Here, one makes use of such a language in a way that differs from the register of "great" communication. Information media simply show violence without disarming it. Art forms a mode of writing: it allows one to nuance and to go to the inner depths of the self and the other in order to discover an "elsewhere." The possible, the human potential are to be found in these interstices, in that which remains tacit in the grand communicational narratives of our times. Art can reveal the micro-political; it uncovers that which resides beyond the great apparatuses and the political and economic systems that manage the world. Violence calls for a reinvention of the world.
> CHANTAL PONTBRIAND
Translated by Eduardo Ralickas

Quelques réflexions impertinentes sur la violence en France et autres questions pertinentes
par Slavoj Zizek
Dans cet essai, l'auteur aborde d'un point de vue critique la source et la signification de la violence à la lumière de la configuration politique actuelle en Occident. Pour appuyer son propos, l'auteur examine plusieurs manifestations de violence dont : les pillages qui ont suivi l'ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléan, Mai 1968, quelques exemples cinématographiques et littéraires de la culture populaire américaine, et les récents soulèvements à Paris. Ces soulèvements des banlieux parisiennes sont emblématiques de notre fâcheuse situation politico-idéologique, dans la mesure où cela indique que la « raison populiste » a rencontré; sa limite « irrationnelle » : la manifestation niveau zéro, un acte de manifestation violente qui « ne demande rien ». L'auteur soutient que les réactions libérales et conservatrices face à ces troubles ont échoué, et il avance que le capitalisme est le premier ordre socio-économique qui dé-totalise le sens. L'analyse est développée dans un cadre conceptuel puisant à la fois dans la psychanalyse et dans la philosophie. Finalement, le capitalisme global est présenté comme le véhicule d'un paradoxe hégélien : l'arrivée finale de l'« universalité concrète » véritablement rationnnelle l'abolition des antagonismes, l'univers « mature » de la coexistence négociée de groupes différents coïncide avec son antithèse, avec des explosions de violence résolument contingentes.

Some Politically Incorrect Reflections on Violence in France and Related Matters
by Slavoj Zizek
In this essay, the author critically reflects on the origins and meaning of violence in light of the current political configuration in Western contexts. To illustrate his analysis, several instances of violence are examined, including: the New Orleans lootings after hurricane Katrina, May 68, some cinematic and literary examples from American popular culture, and the recent Paris riots. Our contemporary ideological-political predicament is emblematized in particular by the events in the Paris suburbs, insofar as they indicate that "populist reason" has encountered its "irrational" limit: the zero-level protest, a violent protest act which wants nothing. The author contends that both conservative and liberal reactions to the unrest clearly fail, and posits that capitalism is the first socio-economic order which de-totalizes meaning. The analysis is further developed by using a conceptual framework stemming from psychoanalysis and philosophy. Ultimately, global capitalism is understood to vehicle a Hegelian paradox: the attainment of "concrete universality"the abolition of antagonisms, the "mature" universe of negotiated co-existence of different groupscoincides with its radical opposite, with thoroughly contingent outbursts of violence.

Radek Community
Violence et pacification symboliques dans l'art contestataire postsoviétique
par Frédéric Maufras
Dans cet article, l'auteur examine les pratiques du collectif Radek Community dans le contexte particulier du postsoviétisme. Constatant que la Russie d'aujourd'hui est le théâtre de nombreuses manifestations de violence, l'auteur postule que le collectif, dès 1995, y joue un rôle de chef de file. L'esthétique convoquée par le collectif est celle de la manifestation publique, à coup d'interventions urbaines et de slogans brandis, renvoyant ainsi dos-à-dos les rhétoriques de la démocratie ouest-européenne et du précédent régime soviétique. Sans réduire leur pratique à une instrumentalisation de l'activisme politique, le groupe Radek fait la critique de l'ultralibéralisme de la nouvelle Russie, des excès de la mondialisation, du contrôle des espaces publics et de la montée de l'individualisme. En témoigne Scotch Party, une action de groupe qui propose l'idée de pacification sociale par l'invention d'un nouveau type de collectivité médiatique.

Radek Community
Symbolic Violence and Pacification in Post-Soviet Protest Art
by Frédéric Maufras
In this essay, the author analyzes the practice of the Radek Community collective in light of the post-Soviet context. Given the fact that Russia is now a stage on which various violent manifestations takes place, the author examines the extent to which Radek Community has played a leading role in this state of affairs since 1995. The aesthetics promoted by the collective involves acts of public protest and urban interventions employing slogans, thereby conflating the rhetorical devices of Eastern European democracies and those of the late Soviet regime. Without subscribing to a form of artistic practice that is in the service of political activism, Radek Community critiques the ultra-liberalism of the new Russia, the excesses of globalisation, the control of public spaces, and the rise of individualism. The work Scotch Party is symptomatic of their artistic strategies, insofar as it is a group action that seeks social pacification by means of the invention of a new form of media collective.

Dans le « bordel global » avec Adel Abdessemed
par Guitemie Maldonado
Selon l'auteure de cet essai, le travail de l'artiste d'origine algérienne Adel Abdessemed se trouve au confluent de problématiques qui ne cessent de manifester leur actualité, souvent violemment. Ainsi, les œuvres d'Abdessemed traduisent une identité composite, transnationale et pluriculturelle, emblématique d'un monde où se déploient des formes de violences politiques, économiques et sociales. Par une diversité de moyens d'expression (actions, vidéos, dessins, sculptures, photographies), Abdessemed aborde la question de l'identité telle que prétendent la fixer les codes sociaux. Il explore en particulier la notion de frontière, qu'elle soit réelle ou symbolique, géographique ou psychique. Aussi, l'apparente absence de recherche esthétique est démentie par une œuvre marquées de symboles aux significations fortes.

In the "Global Bordello" with Adel Abdessemed
by Guitemie Maldonado
In this essay, the author examines the work of Algerian-born artist Adel Abdessemed, which makes intelligent use of the violence of current events. Abdessemed's works foster a composite, transnational and pluricultural notion of identity which is emblematic of the contemporary world and the forms of political, economic and social violence it harbours. By means of diverse media and approaches (actions, video, drawing, sculpture, photography) Abdessemed broaches the question of identity as the latter is reified by social codes. In particular, he explores the notion of borders, be they symbolic or real, geographic or psychical. Of particular interest is the telling fact of an apparent lack of aesthetic unity to Abdessemed's practice, which is, in the final analysis, constituted by the power of its symbols.

Kendell Geers
La violence innommable
par Nicolas Exertier
L'auteur de cet essai analyse la pratique de Kendell Geers, artiste qui, en quelques années, s'est imposé sur la scène internationale avec un art marqué par la violence physique et symbolique. Usant du choc, de la violence, de l'érotisme et de la controverse comme matériaux, Geers étudie le système institutionnel, repère ses failles et en désamorce le pouvoir en y introduisant des altérations. Ainsi, l'auteur démontre que la violence, le danger, la subversion et la destruction omniprésents dans l'œuvre de Geers, ne sont pas gratuits. En effet, en exploitant les stratégies propres au terrorisme activiste, au site-specific et à la déconstruction du langage, Geers pratique une forme d'activisme politique qui démontre du même coup l'attachement de l'artiste à ne pas séparer l'art de la vie sociale et de ses pulsions dévastatrices.

Kendell Geers
Unnameable Violence
by Nicolas Exertier
In this essay, the author examines in detail the work of Kendell Geers, an artist who has made his mark on the international scene in recent years by creating an art that addresses psychical and symbolic violence in fundamental ways. By making use of shock, violence, eroticism and controversy as raw materials with which to forge works of visual art, Geers in fact studies the institutional system and seeks to find its limits and undermine its power by creating shifts in its logic. Thus, the author shows how violence, danger, subversion and destruction, which are omnipresent in Geers's work, are not gratuitous elements, but rather constitutive ones. By exploiting strategies endemic to terrorist forms of activism, and by adopting elements from deconstruction and traditions of site specificity, Geers practices a type of political activism that uncovers the extent to which the artist refuses to separate art and social life, or art and its drive to devastation.

Sujets carcéraux
Le jeu du pouvoir dans Repetition d'Artur Zmijewski
par Derek Conrad Murray
L'auteur de cet essai analyse l'œuvre Repetition de l'artiste polonais Artur Zmijewski. Dans cette mise en scène cinématographique du « Stanford Prison Experiment » du professeur P. Zimbardo (1971), Zmijewski révèle l'architecture panoptique d'une violence officiellement mandatée et les mécanismes déshumanisants du pouvoir qui lui sont sous-jacents. Dans ce contexte, la dysfonction et l'abjection physiques se présentent comme des allégories du despotisme. De plus, l'individualité est remplacée par une altérité écrasante qui est subsumée dans la punition et l'obéissance forcée. Au-delà de la répétition de l'expérience de Zimbardo, le film de Zmijewski, conclut l'auteur, relève davantage du cinéma expérimental et de la télé-réalité que de la science. C'est aussi une médiation sur le rôle de la répétition machinale dans le jeu violent des relations de pouvoir.

Carceral Subjects:
The Play of Power in Artur Zmijewski's Repetition
by Derek Conrad Murray
In this essay, the author analyzes the practice of the Polish artist Artur Zmijewski. In particular, he examines the work Repetition, which comprises a filmed re-staging of the infamous Stanford Prison Experiment of Prof. Zimbardo (1971). The author contends that Zmijewski's piece explores the panoptic architecture of violence as it is endorsed by official mechanisms of power. In this context, dysfunction and abjection function as allegories of despotism. Moreover, individuality is here replaced by a threatening otherness that is subsumed in punishment and forced obedience. Beyond the mere repetition of Zimbardo's experiment, Zmijewski's film piece evokes the worlds of experimental cinema and reality television more than the sphere of science. This work functions as a meditation on the role of mechanical repetition in the violent game of power relations.

Rabih Mroué
Langage, performativité, violence
par Chantal Pontbriand
Puisant à la fois dans la performance, la musique et la vidéo, le travail de Rabih Mroué, avance l'auteure, renvoie constamment à la violence, la révélant notamment dans les interactions entre la communication, l'esthétique et la géopolitique. Les œuvres de Mroué s'arrêtent ainsi sur les fluctuations de la subjectivité propres au monde actuel, privilégiant des cas de figure issus de Moyen-Orient et, plus particulièrement, de son pays, le Liban. Les fais divers, la théorie du complot, la menace terroriste, l'attentat-suicide sont tour à tour invoqués dans la pratique de Mroué dont la particularité, selon l'auteure, est de fonctionner sur le mode du récit et d'exploiter des stratégies narratives engageant dès lors un propos sur la fiction et le réel. Il désenclave ainsi les effets de l'historicisation et de la médiatisation pour réengager le sujet et les événements dans un processus performatif.

Rabih Mroué
Language, Performativity, Violence
by Chantal Pontbriand
Drawing simultaneously on the history of performance, music and video, the work of Rabih Mroué incessantly references the realm of violence and reveals, moreover, the extend to which it permeates the spheres of communication, aesthetics and geopolitics. Mroué's works also address the fluctuations of subjectivity that are endemic to the contemporary world, for they privilege particular cases and figures that stem from the Middle East and, more specifically, Lebanon. Mroué's practice makes use of sensational news items, conspiracy theories, terrorist threats, and accounts of suicide bombers in order to create original narratives that blur the borders between fact and fiction. The artist thereby succeeds in decontextualizing the effects of history and the media in order to reinsert the subject and the events into a performative process.

Ali Assaf, Constanza Camelo et Guia Rigvava
Traduire la violence en performance culturelle exilique
par Kinga Araya
En abordant les œuvres performatives de Ali Assaf, Constanza Camelo et Guia Rigvava, l'auteure définit un art exilique qui surmonte et traduit une violence inhérente à leurs parcours personnels et artistiques. Citant Edward Said et Jacques Derrida, l'auteure met en relief les notions d'identité et de migration. Qu'ils s'agissent du questionnement par Assaf du « désir » des émigrants; des interventions dans l'espace public de Camelo traitant de l'injustice sociale et politique ou des performances de Rigvava qui interrogent les répercussions des mutations géopolitiques sur l'identité de l'individu et son sentiment d'appartenance, ces artistes, conclut l'auteure, traduisent les défis auxquels ils ont dû faire face dans leur pays d'origine, ainsi que les actes implicites de violence auxquels ils ont été confrontés dans leur pays d'adoption.

Ali Assaf, Constanza Camelo and Guia Rigvava:
Translating Violence into Exilic Cultural Performance
by Kinga Araya
In this essay, the author attempts to define the concept of exilic art by way of an analysis of the work of artists Ali Assaf, Constanza Camelo and Guia Rigvava. These artists share a sense of exile which is translated and overcome in their works in terms of personal responses to violence. By relying on theoretical models from Edward Said and Jacques Derrida, the author also examines notions of identity and migration. Whereas Assaf's work addresses the question of the "desire" of emigrants, Camelo's work explores the ramifications of social or political injustice. In Rigvava's performances, the geopolitical mutations of identity are figured, as is the individual's sense of belonging and displacement. These three artists translate into shared experience the challenges with which they were faced in the countries of origin, as well as those implicit acts of violence which awaited them in their countries of residence.

Échos et mouvances_Echoes and Shifts
The Sudden Stardom of the Third World City
by Rana Dasgupta
According to the author, the idea of the total, centralized, maximally efficient first world city is now bankrupt. He contends that a reversal of roles has tacitly been underway for some time between the status of the first and the third world metropolis. Basing himself on examples drawn from personal observations and the popular imagination, he argues that the third world metropolis has become the only viable space for social and political integration, and will remain the model of the city of the future. This essay has the status of an immanent critique of modern conceptions of urbanity in a world in which difference is constantly being transformed into sameness under the aegis of a naturalized conception of universality that has its sources in the first world.

« Sécurité humaine »
par Mariella Pandolfi + Chowra Makaremi
Dans cet essai, les auteures analysent le phénomène de transformations des sujets politiques en êtres vivants à sécuriser, et ce, à partir des arguments d'une politique de compassion et d'une politique de la survie. S'appuyant les théories de Giorgio Agamben et de Michel Foucault, les auteures y voit une nouvelle configuration des violences, celle-ci provoquée par la gestion humanitaire telle que s'est modifiée avec la mondialisation, les guerres et leur nouvel arsenal militaire.

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Dork Zabunyan, Pour Gilles Deleuze, Akbank Sanat, Istanbul
L'exposition « Pour Gilles Deleuze » ne se présentait pas sous la forme d'une commémoration du dixième anniversaire de la mort du philosophe, disparu en 1995. Les entreprises commémoratives entendent célébrer la mémoire d'un plasticien, d'un écrivain, d'un musicien ou d'un philosophe; il arrive qu'elles apparaissent comme des « événements », où les auteurs, le plus souvent, sont transformés en icônes. Le rabattement de l'œuvre ainsi célébrée sur la seule figure du créateur ce que Deleuze appelait la fonction-auteur : « sujet vide très vaniteux » fait que ces événements, précisément, n'en sont pas. | suite_more |
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Maureen Murphy, Afrique : Entendus, sous-entendus et malentendus, Dak'art 7e biennale de l'art africain contemporain, Dakar
« Afrique : Entendus, sous-entendus et malentendus ». La septième édition de la Biennale de l'art africain contemporain de Dakar s'est voulue résolument ouverte à la polémique et au débat cette année. Héritière de l'impulsion donnée par Léopold Sédar Senghor à la culture et aux arts, la Biennale fonctionne, depuis 1992, comme une plateforme de promotion des artistes d'Afrique et de sa diaspora. Pourtant, si l'unité panafricaine prônée au lendemain des indépendances justifiait l'idée d'un art « nègre » regroupant des artistes du monde entier unis par la couleur de la peau ainsi que par une histoire marquée par l'oppression, aujourd'hui, l'idée d'un art « africain » contemporain pose problème du fait de ses sous-entendus essentialistes.
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Elvan, Zabunyan, Voyage(s) en utopie, Jean-Luc Godard, 1946-2006 / À la recherche d'un théorème perdu, Centre Pompidou, Paris
« Voyage(s) en utopie » de Jean-Luc Godard est la première exposition du cinéaste réalisée dans un musée. Le pluriel entre parenthèses du voyage évoque le pluriel de ses histoire(s) du cinéma et permet de décliner à l'infini la pensée d'un artiste qui a su depuis cinquante ans voir les sons et écouter les images, analyser le monde par les films les siens et ceux des autres , et se déplacer à travers les disciplines en portant un regard essentiel sur la création, acte politique et historique. | suite_more |
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Jérôme Delgado, Nicolas Baier / Tableaux de chasse, Musée des beaux-arts, Montréal / Traces, galerie René Blouin, Montréal
Réaménagement des salles, nouvelle répartition des œuvres, dévoilement des récentes acquisitions, les musées de ce monde ont plus d'une stratégie pour remettre en lumière leurs collections. Et pourquoi ne pas faire appel à des artistes vivants ?
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Maureen Murphy, Ouverture du Musée du Quai Branly, Paris
En 1889, à l'occasion de l'Exposition universelle, Paris érigeait la Tour Eiffel, symbole phallique de la puissance industrielle française. Plus d'un siècle plus tard, le musée du quai Branly dédié aux arts d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et d'Océanie troque la verticalité de sa voisine contre l'horizontalité et les courbes; la monumentalité et le métal contre la discrétion d'un bâtiment coloré, niché au cœur d'un vaste jardin conçu par Gilles Clément. Derrière une première façade de verre, se découvre un univers où l'élément naturel a toute sa place.
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Marie-Eve Beaupré, Stéphane Gilot / La Station, Oboro, Montréal
Dans le cadre de la trilogie « pragmatopique » des Plans d'évasions, la série à l'intérieur de laquelle s'insèrent les unités cellulaires composant les installations de La Station, Stéphane Gilot s'applique à travestir le « cube blanc » de la galerie en laboratoires ludiques de « situation-fiction ». À la suite de la présentation de L'unité de transformation génétique pour la colonisation de Mars (depuis 2001, l'œuvre fut présentée à Bruxelles, à Montréal puis à Toronto) et du Pavillon de réorganisation des sens (Circa, Montréal, 2003), l'artiste d'origine belge persiste et signe une intervention architecturale et participative qui introduit le visiteur à un nouvel épisode intéressé par l'histoire des utopies/dystopies et leur transposition dans un lexique visuel. | suite_more |
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Robert Darcey Nichols, Brian Jungen, Musée d'art contemporain de Montréal, Montréal
Over the past decade a number of artists such as Rachel Whiteread in the u.k., bgl from Quebec City and Vancouver-based Brian Jungen have reinvigorated sculpture-based art, producing engaging and unique conceptual work that rewards the viewing experience. Given his growing international visibility (Jungen has shown work in New York and, most recently, at the Tate Modern in London), this travelling exhibition organized by the Vancouver Art Gallery is a well-deserved and timely survey of the artist's work since 1993. | suite_more |
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Ingrid Chu, Matthew Higgs / What Goes Around Comes Around, Murray Guy, New York
If Matthew Higgs intends for the title of his latest exhibition, "What Goes Around Comes Around," to serve as a sly gesture, then he succeeds. In doing so, Higgs likewise manages for the title, which also serves as a name for a piece on exhibit, to function as "directional signage" for how to read his work. Similar to Higgs's previous exhibitions, individual covers and pages culled from books and exhibition catalogues are displayed "as is" or as photographs the artist has taken of them. All discretely framed, this time his works are placed in linear formation or hung as small groupings in two adjacent rooms. Chock-full of snappy one-liners and ironic idioms, surely the exhibition runs the risk of being in-one-ear-and-out-the-other. | suite_more |
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Ed Krcma, Robert Rauschenberg / Combines, The Metropolitan Museum of Art, New York
For works that might at first appear so casual and provisional, the stakes in the current art pot are remarkably high. Billed as the first "complete survey" of Rauschenberg's Combines, this exhibition boasts an impressive sixty-seven pieces, some of which are shown here publicly for the first time. Produced between 1954 and 1964, the Combines are conventionally regarded as having been crucial in enabling the shift from Abstract Expressionism's inflated subjectivism to the numb, appropriated surfaces of Pop. But in inhabiting this intermediary role, they have rarely been lent the avant-garde agency attributed to much 1960s American art. | suite_more |
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Vered Maimon, Douglas Gordon / Timeline, The Museum of Modern Art, New York
"Timeline," Douglas Gordon's mid-career retrospective at moma, features video installations and textual works that focus on investigations of the filmic flow and the experience of time. Gordon's decade-long engagement with popular cinema came to mark a conceptual shift in video art practices, from the closed-circuit tv-based works of the 1970s to the cinematic-scale projections and installations of Gordon's contemporaries, such as Stan Douglas, Diana Thater and Doug Aitken. | suite_more |
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Cédric Vincent, On Diffrence #2: Grenzwertig, Württembergischer Kunstverein, Stuttgart
« On Difference » est le titre d'un projet conçu sur deux ans par les nouveaux directeurs du Württembergischer Kunstverein, Iris Dressler et Hans D. Christ. Développé en étroite collaboration avec des acteurs issus des champs artistique, social et scientifique, le projet met en valeur des pratiques où l'art est envisagé comme un moyen d'expérimentation et de transformation multiple pour répondre à des situations locales, tant dans les rapports art et sociopolitique que dans la construction d'existence, de protocoles de recherche ou de systèmes coopératifs. | suite_more |
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Joana Hurtado, Representacions àrabs contemporànies. L'equació iraquiana, Fundació Antoni Tàpies, Barcelona
Parler de l'art d'un pays en guerre est toujours délicat et spécialement lorsqu'il s'agit de l'Irak. Délimité à la suite d'un accord conclut entre Britanniques et Français à la fin de la Première Guerre mondiale en mélangeant chiites, sunnites et kurdes; aimé et haï pour son pétrole; l'Irak n'a, jusqu'à présent, connu qu'une histoire marquée par les occupations, les révoltes, les dictatures et les guerres. La situation actuelle démontre à nouveau la réalité complexe de ce pays, car depuis la « libération » anglo-américaine et la chute du régime de Saddam Hussein, tout l'Irak est entre guillemets. | suite_more |
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